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Pour plusieurs, rien de plus triste que de manger seul. Mais puisqu’un jour ou l’autre on se retrouve immanquablement en tête à tête avec son assiette, aussi bien y voir un peu de plaisir. Ode aux repas dégustés en solo.

Couples aux horaires erratiques, divorcés, célibataires, chefs de famille monoparentale, jeunes adultes fraîchement affranchis du nid familial : tout le monde finit par manger seul, par choix ou par dépit, le temps d’un repas ou sur une période prolongée. Et ce, de façon de plus en plus fréquente.
Depuis les 20 dernières années, le temps passé seul a bondi de plus de 30 %, selon Statistique Canada. Ce qui entraîne inévitablement un accroissement du nombre de repas pris en solitaire. Une situation qui ne plaît pas à tous. Pour beaucoup, une assiette dégustée en solo a un arrière-goût de malaise.
Pas étonnant. Depuis l’époque où les humains se regroupaient autour du feu pour partager le gibier, le repas est un puissant catalyseur de la vie en société. Les repas individuels sont également associés à tort au fait de manger vite et mal, estime Marie Watiez, psychosociologue de l’alimentation et chargée de cours à l’UQAM. «Comme si un “vrai” repas devait rimer avec convivialité.» Une conception qui découle, selon elle, d’une vision idéalisée du passé, où on imagine que les repas se prenaient toujours en groupe, trois fois par jour, à heure fixe.
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Mais au fur et à mesure que manger seul devient en quelque sorte une nouvelle norme, le malaise s’amenuise, croit Marie Watiez.
Pour Lyne Boucher, une travailleuse autonome qui partage la garde de ses deux filles avec leur père dont elle est séparée, manger seule est synonyme de facilité. «Lorsque je cuisine pour la famille, je m’efforce de diversifier les menus. Quand je suis seule, j’en profite pour ne pas me casser la tête. Je mange toujours la même chose : un plat de pâtes dont je ne me tanne jamais!»
C’est aussi une excellente occasion d’assouvir ses plaisirs coupables. «Le mangeur solo opte souvent pour des aliments qui génèrent des émotions positives, associées à son enfance, et réconfortent de la solitude du repas», indique Marie Marquis, chercheuse en nutrition à l’Université de Montréal. Ce que fait parfois Lyne Boucher, en couronnant son repas de quelques cuillerées de préparation pour gâteau crue.