Temps libre

Le retour de la barbe

Pour être à la mode, exhibez vos poils, messieurs! Pas ceux du dos, ceux du visage. La barbe est de retour, plus touffue que jamais. Mais attention : le monde du travail comme celui de la drague sont impitoyables pour ceux qui se laissent aller. À vos tondeuses!

par Matthieu Burgard



Déjà il y a quatre ans, on pressentait l’invasion barbare en regardant les couvertures des magazines. Souvenez-vous des George Clooney et autres dandys du genre exhibant une barbe forte et assumée. Mais depuis quelques mois, c’est la déferlante, l’apogée de la barbe : Robert Dewey Jr s’y est mis, Justin Timberlake pareil, le rugbyman Sébastien Chabal trempe sa barbiche dans du parfum… Même Robert Pattinson, le vampire des ados, a du poil au menton. Du côté de chez nous, Xavier Dolan, Guillaume Lemay-Thivierge et Marc-André Grondin ont sûrement jeté leur Mach3 de Gillette aux poubelles.

Comme mon idole //

Évidemment, après les vedettes, voilà que monsieur Tout-le-monde s’y met. «C’est vraiment devenu tendance», commente Francis Tremblay, cogérant et styliste du salon Têtu, artiste coiffeur à Montréal. «Je dirais qu’au moins 35 % des hommes portent maintenant la barbe à différentes longueurs.»

Mais quel type de barbe est en vogue exactement, monsieur le styliste? «C’est une barbe d’à peu près une semaine. On ne voit pas forcément la peau à travers. Elle est très propre au niveau du cou et taillée sous la mâchoire.»

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Critères en main, on attrape un barbu sur le quai du métro Berri-UQAM pour lui demander comment il entretient sa pilosité faciale. «Je l’amincis souvent. Je me rase une fois aux trois ou quatre jours», répond Bruno Valet, qui a laissé pousser parce que sa copine aimait ça.

Parce que lui et elle le valent bien //

La barbe 2011, c’est le compromis entre le look viril de l’effet mal rasé et la bonne hygiène du métrosexuel sensible.

Car derrière cette barbe, c’est toujours le Ken sophistiqué de Barbie qui est caché. Il s’en sert comme d’un maquillage pour redéfinir les contours de son visage et corriger les imperfections de sa peau. Parce qu’il veut plaire à sa blonde… sans pour autant se laisser marcher sur les pieds par un talon aiguille. C’est un mec et il le montre avec son poil. Il a bien essayé de le faire comprendre dans les années 1990 avec un bouc à la Kurt Cobain, puis en 2000 avec son look «tombé du lit».

«Mais toutes ces variantes de la barbe demandent beaucoup d’entretien», explique Allan Peterkin, psychiatre torontois et auteur de The Bearded Gentleman, The Style Guide to Shaving Face.

«Du coup, beaucoup d’hommes ont décidé d’opter pour quelque chose de plus long pour exprimer à la fois leur virilité, mais aussi un côté détendu», ajoute-t-il.

Ça passe ou ça gratte //

Effectivement, la barbe est un moyen d’affirmer qu’on ne se prend pas trop au sérieux et qu’on n’est pas l’esclave de son patron. La crise économique semble d’ailleurs avoir donné un bon coup de pouce à l’actuel hymne au poil.

«Beaucoup d’hommes ont perdu leur job durant la récession et ont commencé à se laisser pousser la barbe, en partie en guise de protestation contre le système, en partie parce qu’ils n’étaient plus liés par les conventions de leur entreprise», rappelle Allan Peterkin.

«C’est un look un peu bohème, un retour au naturel à l’image de la très remarquée barbe de Brad Pitt», confirme Francis Tremblay.

Mais les perceptions au sujet de la barbe sont souvent mitigées. Dans l’histoire, la barbe a parfois été célébrée comme un symbole de sagesse, d’héroïsme, de divinité et parfois associée au démon, au suspicieux et au pouilleux. «Soit tu es Santa, soit tu es Satan», résume Allan Peterkin.


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