En matière d’assurance, les consommateurs ont souvent la désagréable impression d’être floués. Entre les contrats opaques et des indemnisations obtenues à l’arraché, cette industrie semble procurer autant de maux de tête que de tranquillité d’esprit. La protection contre le risque : arnaque ou nécessité?

Ramenée à sa plus simple expression, l’assurance vise à éliminer les conséquences du hasard. Dans la réalité, c’est drôlement plus compliqué! Les centaines de compagnies actives dans ce marché hautement concurrentiel proposent aux consommateurs une myriade de couvertures et de polices.
Des produits généralement complexes fondés sur des notions d’actuariat et de gestion de risques, dont les contrats utilisent un jargon parfois déroutant et recèlent des clauses d’exceptions. Pas étonnant que l’assurance donne des sueurs froides!
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De plus, rares sont ceux qui ont les moyens de se passer de toute garantie contre les risques. «L’assurance permet d’éviter les chocs monétaires. En payant une petite prime, on compense des pertes potentiellement énormes», explique Martin Boyer, professeur agrégé à HEC Montréal et directeur de la revue Assurances et gestion des risques.
L’autoassurance, où un individu compte uniquement sur l’épargne pour parer aux imprévus, n’est réellement envisageable que pour ceux dont les actifs sont largement supérieurs à la moyenne. Donc, à moins d’être Bill Gates, mieux vaut se protéger.
Assurance 101
Temporaire ou permanente, de personnes ou de dommages, individuelle ou collective : la protection se décline de mille et une façons. Au Canada, l’industrie est divisée en deux. L’assurance de dommages couvre les biens (habitations et entreprises), l’automobile et la responsabilité civile. Elle garantit le patrimoine contre les sinistres tels le vol, l’incendie et le vandalisme. Pour prévenir les risques financiers associés au décès prématuré, à la maladie et à la retraite, il faut se tourner vers l’assurance de personnes. Un domaine dont le vaste éventail de produits comprend entre autres l’assurance vie, l’assurance médicaments, l’assurance soins de longue durée, l’assurance invalidité et les régimes enregistrés d’épargne-retraite.
Les compagnies œuvrant dans ces domaines se livrent une concurrence féroce et sollicitent sans relâche les consommateurs. Mutilation par accident ou refoulement des égouts : tout risque a sa police. La vie est-elle à ce point dangereuse? «Le but n’est pas d’alarmer les gens. D’ailleurs, il existe plusieurs risques, comme le vol et les accidents d’auto, dont la fréquence est à la baisse. Mais on ne sait jamais ce qui nous attend», soutient Alexandre Royer, conseiller en affaires publiques au Bureau d’assurance du Canada (BAC).
Chez Option consommateurs, le son de cloche est un peu différent. «Bien sûr, les assureurs jouent sur le sentiment de sécurité pour vendre, mais ils ne sont pas les seuls», avance Jannick Desforges, avocate responsable du service juridique de l’organisme. Selon elle, l’obsession de la sécurité se constate dans toutes les sphères d’activité, jusqu’aux pentes de ski où l’obligation du port du casque de sécurité gagne des adeptes.
L’industrie pèche-t-elle par gourmandise quand vient le moment de percevoir les primes? Selon Martin Boyer de HEC Montréal, les assureurs se sont trompés dans leurs prévisions il y a quelques années. «Avec le recul, on constate que les compagnies d’assurance ont demandé des primes plus élevées que les indemnisations qu’elles ont dû payer. C’est un coup de chance, mais le marché de l’assurance connaît toujours ce type de cycles très profitables suivis de périodes qui le sont moins.»