Si le mot REÉR vous donne de l’urticaire, vous n’êtes pas le seul! Certains rebelles décident de profiter de la vie plutôt que de se serrer la ceinture en prévision de leurs vieux jours. Et, selon les conseillers financiers, ils n’ont pas toujours tort.

Aux prises avec des problèmes d’anxiété, Sophie n’a jamais été capable de garder un emploi bien longtemps. Elle n’a donc pas des tonnes d’économies et a même parfois du mal à payer son loyer. «Je n’ai absolument pas les moyens de m’acheter des REÉR, lance cette photographe de 28 ans. Mais je me sens tout de même un peu coupable de ne pas cotiser, parce que je sais que le temps passe vite…»
Elle n’est pas la seule à ressentir un malaise. Le temps des REÉR est arrivé et, avec lui, le temps des remords. «Il faut cotiser tôt», entend-on ad nauseam.
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Le hic, c’est qu’au début de la vie adulte, avec des dettes d’études à payer, une hypothèque ou un loyer, une voiture et une jeune famille, on a souvent d’autres chats à fouetter que d’investir pour nos vieux jours. Comment les jeunes travailleurs peuvent-ils pallier cette difficulté?
«C’est vrai que pour certaines personnes, à un moment dans leur vie, la planification de la retraite n’est pas une priorité», expose Serge Vincent, conseiller en gestion des avoirs au Mouvement Desjardins. Selon ce gestionnaire, qui a une vingtaine d’années d’expérience derrière la calculette, les jeunes insouciants «devraient néanmoins mettre un peu d’argent de côté en prévision de leur vieillesse». Sinon, aussi bien oublier la liberté 55 ou les croisières dans le Sud : ils devront (quasiment) se contenter de la télévision comme activité culturelle et faire leur épicerie au magasin à 1 $!
Dany Provost croit au contraire qu’il faut penser d’abord à son plaisir et économiser quand on peut. Cet actuaire, qui est aussi consultant en régimes de retraite et planification financière, défend son point de vue dans Arrêtez de planifier votre retraite, planifiez votre plaisir (Éditions Transcontinental, 2005). «Contrairement à ce que disent tous les conseillers financiers, il ne faut pas toujours économiser régulièrement le même montant ad vitam æternam», explique-t-il, en entrevue. «Si on fait cela, on sacrifie nécessairement le budget consacré au plaisir. Or, le plus important pour la qualité de vie, c’est qu’on ait toujours les mêmes sommes pour se faire plaisir, que ce soit avant ou après la retraite. De toute façon, à cause de l’inflation, si on met 20 $ par semaine dans un REÉR, au bout de 30 ans, on en a juste assez pour se payer quatre cafés par mois. Alors que si on dépense cet argent dans l’année, au contraire, c’est suffisant pour se payer un voyage!»
Dans son livre, Dany Provost propose une méthode à ceux qui veulent s’assurer qu’ils auront toujours les mêmes montants à consacrer aux restaurants, musées ou voyages : il faut calculer ses revenus totaux, en soustraire ses dépenses fixes et son budget loisirs puis… économiser ce qui reste. Mais attention aux pièges! «Ceux qui font un bon salaire mais n’épargnent rien vont frapper un mur à un moment donné, tandis que ceux qui économisent trop n’en feront bénéficier que leurs héritiers», avertit Dany Provost.
Comment trouver le juste équilibre? Dany Provost conseille de prendre en compte une trentaine de facteurs, autant du côté des entrées que des sorties d’argent, et qui incluent notamment le revenu net, les augmentations salariales probables, les montants payés en impôts, le taux de rendement des placements, les rentes de retraite attendues du gouvernement et… l’inflation. Au final, ce grand calcul nous dit sur combien d’argent on peut compter pour «s’amuser» chaque mois pendant toute sa vie. Si on juge la somme trop chiche, il faut accepter de travailler plus longtemps, ou encore, trouver un job plus payant!
On peut aussi choisir de vivre avec peu, croit Dany Provost. «Quelqu’un qui gagne un petit salaire et qui passe quasiment tous ses revenus dans des dépenses obligatoires n’aura presque plus rien pour ses loisirs. À la retraite, il aura l’habitude d’un train de vie modeste et il sera probablement très heureux avec les versements d’Ottawa (environ 13 000 $ par année), en plus des sommes qu’il recevra de la Régie des rentes du Québec», affirme-t-il.