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Tendances

Gags en gang

Rigolothérapie, yoga du rire, ateliers de rire en groupe : au Québec, l’hilarité est à la mode. Même des entreprises font appel à des spécialistes de la chose! On ne rit plus…

par Steve Proulx


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 1 janvier 2006


Ils sont une douzaine, rassemblés en cercle ce jeudi dans un petit local, avenue Mont-Royal à Montréal. «Bonjour, mon nom est Virginie et je suis fleuriste», lance une des participantes. Immédiatement, c’est l’éclat de rire général dans la salle. Ne cherchez pas le gag, il n’y en a pas.

Nous sommes au beau milieu d’une séance de «yoga du rire», une technique de mieux-être popularisée par les clubs de rire, des regroupements qui pullulent à travers le monde depuis une dizaine d’années. C’est l’idée d’un médecin indien convaincu des vertus bienfaitrices de l’hilarité sans raison : un beau jour de 1994, le Dr Madan Kataria a rassemblé quelques passants et flâneurs autour de lui dans un parc avant de les inviter à rigoler en chœur. Le premier club de rire était fondé, et on en compte aujourd’hui plus de 2 500 sur la planète. Chaque jour, que ce soit aux États-Unis, en Australie, en Allemagne ou en Indonésie, des milliers de gens se rassemblent et rient pour rien.

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La méthode concoctée par le Dr Kataria mêle des exercices de méditation à des techniques de franche rigolade. Ses ateliers mettent donc de l’avant différentes méthodes visant à forcer l’hilarité. En gros, les participants commencent par rire sans raison, en groupe. Au bout d’un moment, le brouhaha des ricaneurs doit créer un effet d’entraînement propre à faire naître le rire authentique. Pour les aficionados de la chose, le rire serait un antidote au stress, un bon exercice physique et un formidable libérateur d’endorphines, ces fameux neurotransmetteurs du bien-être.

Apôtre du médecin indien, Michel Abitbol a voulu communiquer sa passion pour le rire en fondant les clubs de rire au Québec et au Canada en 2002. Il a d’abord recruté de potentiels rieurs parmi ses proches et connaissances, mais le succès n’a pas été instantané. «À la quatrième séance, il n’y avait personne. Ce jour-là a pourtant été un déclencheur pour moi. Je me suis retrouvé seul dans la salle, alors tant qu’à y être, j’ai fait l’atelier tout seul! C’est la meilleure leçon que j’aie reçue. Parce qu’à partir de ce jour, j’ai appris à ne plus rien attendre des autres pour être heureux.»

«On rit de moins en moins depuis qu’il y a beaucoup d’humoristes. C’est parce qu’on devient dépendants d’eux pour rire.»
— Paule Desgagnés, auteure

Il n’est pas resté seul longtemps. À force d’efforts, Michel Abitbol compte aujourd’hui environ 1 200 membres à son Club de rire international du Québec, et a contribué à la création d’une quinzaine d’autres clubs dans la province. Selon Pierre Csukassy, un jeune trentenaire montréalais qui a tenté l’expérience il y a plus d’un an, on ne fréquente pas un club du rire dans le but de guérir quoi que ce soit, mais parce qu’on est conscient que le rire est bénéfique pour la santé en général. «Le pire qu’il puisse arriver, c’est que tu ries, dit-il. Moi, j’en avais entendu parler et j’y suis allé pour essayer. Au début, tu te sens un peu ridicule de rire pour rien, mais finalement tout le monde embarque et se laisse aller.»


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