Votre corps parle à votre insu. Le psychologue français Joseph Messinger nous apprend à décrypter son langage de la tête aux pieds.

Croiser les jambes en équerre, serrer les bras contre la poitrine, coincer une mèche de cheveux derrière l’oreille, se gratter le menton… Aussi banals soient-ils, vos gestes traduisent vos émotions les plus secrètes. Telle est la théorie d’un psychologue pas comme les autres – un psychoanatomiste, plus précisément –, le Français Joseph Messinger, auteur d’une brochette de bouquins sur le sens caché des gestes et des postures.
Son objectif : vous aider à décrypter le langage corporel de vos interlocuteurs afin de recueillir de précieux indices sur leur personnalité ou sur leurs intentions. L’exercice n’est pas sorcier, répète l’auteur, dont le dernier ouvrage d’une longue série sur la symbolique gestuelle, Le langage psy du corps (Éditions First), s’attarde justement à décoder chaque partie de l’anatomie (humaine, s’entend).
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On a beau dire ou faire, chacun d’entre nous répète des gestes universels que Joseph Messinger appelle refrains. «Pour moi, la gestuelle est un outil de communication, explique-t-il. L’analyse des gestes sert à comprendre les prédispositions de votre interlocuteur, ses pensées, ses états d’âme. Mais c’est une forme de langage que les gens ne savent pas parler. Il faut pourtant apprendre à observer plutôt qu’à voir, à écouter plutôt qu’à entendre.»
Votre interlocuteur croise les bras? Il est en mode répulsif et signifie ainsi un manque d’ouverture ou une désapprobation. Une femme droitière croise la jambe droite sur la gauche? Elle démontre qu’elle n’est pas tout à fait en contrôle; si elle croise plutôt la gauche sur la droite, c’est qu’elle est à l’aise dans le contexte où elle se trouve. Pour un homme, c’est l’inverse! Par ailleurs, si votre interlocuteur se touche constamment le visage, c’est qu’il manque de confiance en lui. S’il met le doigt devant sa bouche, il ne dit pas toute la vérité. Un doigt constamment porté aux narines, quant à lui, révèle une personnalité obsessionnelle. Si ses pupilles sont aussi petites que des têtes d’épingle, méfiez-vous : c’est probablement quelqu’un dénué de compassion…
Mais au-delà des émotions, est-ce que certaines gestuelles ne sont pas innées parce que héritées de la nature? Une jambe trop courte qui nous porterait spontanément à la croiser sur l’autre, par exemple? «J’observe les mouvements, pas la morphologie, dit-il. C’est clair, le psychisme se traduit par les gestes et les attitudes corporelles. Beaucoup de gestes ne veulent rien dire, mais beaucoup sont significatifs, surtout si on les répète.» D’où les refrains.
Parlant de refrains, prenez la chanteuse Lara Fabian, poursuit l’auteur. «Observez-la chanter à la télé et coupez le son : à voir son visage, l’amour est un martyre pour elle!» Quant à Céline Dion, si l’entendre (et la voir) chanter peut être un ravissement, il en va autrement quand elle parle. «Si elle n’avait pas la gestuelle qu’elle a sur scène, elle ne passerait pas aussi bien, analyse Joseph Messinger. Elle est d’une classe et d’un raffinement : elle saisit la lumière du bout des doigts et la transforme en émotion. Par contre, quand elle parle, c’est une gamine qui s’exprime…»
À force d’observer les moindres tics de ses congénères, Joseph Messinger a développé une expertise en tant que «profileur gestuel» : il est fréquemment consulté par les médias pour analyser le langage corporel des politiciens, par exemple. Mais pas besoin d’être un psychoanatomiste pour sonder l’âme et l’humeur des membres de votre entourage. «Il suffit d’observer et d’être à l’écoute du corps de l’autre. Le langage corporel est visible à l’œil nu, mais peu de gens le voient. C’est pourtant un vrai pouvoir de communication.» Si vous êtes recruteur, attention : le profilage gestuel peut être utile pour vous renseigner sur la personnalité ou les émotions du candidat en face de vous, mais il ne faudra pas nécessairement en tirer des conclusions définitives. «Il est trop dangereux d’utiliser strictement l’analyse gestuelle lors d’un entretien d’embauche. Les candidats sont en situation de stress, ils sont souvent mal dans leurs chaussures. D’un autre côté, en tant que sources d’information, les CV ne valent rien. L’analyse gestuelle peut donc compléter l’idée que vous vous faites d’un candidat, mais ce n’est pas le seul critère d’embauche.»
À partir de ces informations, comment faire pour influencer favorablement votre propre langage non verbal, particulièrement pour cacher l’angoisse que suscite un entretien d’embauche ou un examen oral, par exemple? «Ça s’apprend, dit Joseph Messinger. Il faut commencer par changer sa façon de penser. Quand vous gagnez de la confiance en vous, vos gestes changent. Ils deviennent plus sûrs, trahissent moins vos émotions négatives.»
En attendant, évitez de croiser les jambes, de croiser les bras, de vous gratter le menton, alouette…
Dix gestes désastreux
Certains gestes trahissent les sentiments négatifs qui vous habitent. Traduction de quelques-uns qu’il vaut mieux éviter.
Dissimuler les mains sous la table en parlant.
Mode de défense. Il indique une crainte des réactions de l’autre.
Croiser les doigts sur la nuque.
Impatience. Traduction libre : qu’on en finisse!
En position assise, poser les mains sur les cuisses.
Attitude de soumission.
Poser ses lunettes sur le bout de son nez et regarder l’autre par-dessus.
Plus méprisant que ça, tu meurs.
Écraser la pointe du nez du bout de l’index.
Signe d’incompétence.
Croiser les chevilles sous la chaise.
Sentiment de frustration.
Rire en cachant sa bouche derrière la main.
Geste de gêne révélant un tempérament indécis.
Croiser les jambes en équerre.
Attitude défensive et protection du territoire.
Appuyer les mains dans le bas du dos.
Attention, préjugés à l’horizon! Marque d’un individu immobiliste qui n’aime pas la nouveauté.
Fixer le bout de ses chaussures, regarder sans cesse vers le sol.
Attitude dépressive.
Sources : Le sens caché de vos gestes (2002) et Le langage psy du corps (2004), deux ouvrages publiés par Joseph Messinger aux Éditions First.