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Les insolences d’un cellulaire

Les insolences d’un cellulaire

Nuisance sonore pour les uns, nécessité pour les autres (et parfois les deux à la fois!), le téléphone cellulaire est bien implanté dans nos habitudes. Sa popularité est incontestable, mais l’impolitesse de ses utilisateurs l’est parfois moins. Faut-il en restreindre l’usage ou discipliner ses inconditionnels?

par Alexandre Robillard


Magazine Jobboom
Vol. 6 no. 3 mars 2005


Lorsque Phil Marso a commencé à voir les téléphones cellulaires proliférer autour de lui, il y a cinq ans, il s’est rapidement rendu compte que le principal problème de cette nouvelle technologie était… le manque de savoir-vivre de ses utilisateurs.

«Ce qui m’a agacé dès le départ, c’est la façon dont les gens utilisent leur téléphone portable dans les lieux publics», explique-t-il de Paris, où habite cet original qui mène une croisade pour une utilisation moins sauvage du cellulaire. «Ils rentrent dans leur bulle et oublient tout ce qui se passe autour d’eux.»

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Après avoir publié un polar humoristique inspiré du sujet, Tueur de portable sans mobile apparent (Megacom-ik, 1999), il a décidé, il y a quatre ans, de mettre sur pied la Journée mondiale sans téléphone portable. Elle a lieu chaque année le 6 février — jour de la Saint-Gaston, faisant ainsi référence à la chanson Le téléphone de Nino Ferrer, dont le célèbre refrain est «Gaston y a l’téléfon qui son’/Et y a jamais person’ qui y répond».

En février 2004, étant donné les 43 millions de Français désormais convertis au portable — 69 % de la population de l’Hexagone! —, Phil Marso s’est fixé un objectif plus modeste pour la cinquième tenue de sa «Journée». Au lieu de proposer un congé de téléphone, il a plutôt demandé que seule la messagerie texte de l’appareil soit utilisée dans les lieux publics, de façon à réduire le bruit généré par les sonneries et les conversations.

Marso reconnaît d’emblée qu’il s’agit surtout d’un geste symbolique. Son événement se limite à l’envoi de communiqués de presse en Europe et au Canada, et les manifestations de masse ne se sont pas encore produites. Bon an mal an, les médias de France, de Suisse, de Belgique et du Canada lui permettent tout de même de faire valoir son point de vue, soutient-il.

«Si les utilisateurs de portable ne se disciplinent pas, on en viendra peut-être à l’instauration de zones où le cellulaire est interdit, un peu comme pour la cigarette», croit l’activiste. En France, des brouilleurs d’ondes cellulaires ont d’ailleurs été installés dans certaines salles de théâtre et de cinéma pour éviter que ces appareils ne sonnent inopinément, note-t-il. Par ailleurs, au Japon et en Italie, les téléphones sont carrément interdits dans certains wagons de train.

Omnicellulaire

Mais là pourrait s’arrêter la guerre au sans-fil, particulièrement au Canada, où aucune menace ne semble se dresser contre l’expansion du téléphone «à poche». Depuis 20 ans, l’utilisation du cellulaire continue de s’imposer d’un océan à l’autre. Entre 1985 et 2004, le nombre d’abonnés canadiens est passé de 6 000 à 14 millions, indique l’Association canadienne des télécommunications sans fil (ACTS), qui représente les entreprises du secteur.

Par ailleurs, en 2002, Industrie Canada a maintenu l’interdiction de posséder et d’utiliser des brouilleurs d’ondes qui pourraient neutraliser les cellulaires au restaurant ou au cinéma, par exemple. L’organisme fédéral a conclu que les brouilleurs risquaient de nuire à la sécurité publique, pour les appels au 911 par exemple, que leur utilisation porterait atteinte aux libertés individuelles.

Actuellement, il est donc légal de parler au téléphone n’importe où. Sur la route, Terre-Neuve–et–Labrador est la seule province à restreindre l’utilisation du cellulaire par le conducteur d’une automobile, en l’autorisant seulement si l’appareil est muni d’un ensemble mains libres, qui permet de placoter sans lâcher le volant.

Dans certains endroits, comme les salles de spectacles, les cinémas et les hôpitaux, les utilisateurs sont évidemment priés de fermer leur appareil, bien qu’aucune mesure légale ne les y oblige.

Et dans le secteur de la restauration, ce n’est pas un gros débat, affirme Hans Brouillette, coordonnateur aux communications à l’Association des restaurateurs du Québec. «C’est facile de comprendre que le midi, dans les restaurants, les gens sont dans leur journée de travail et que leur téléphone peut sonner, dit-il. Le soir, c’est moins accepté.»


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