Il vous reste environ 350 jours pour perfectionner votre espagnol, arrêter de fumer, prendre des cours de yoga, vous sculpter des abdos d’enfer, repeindre vos armoires de cuisine, changer de job, payer vos dettes, alouette. Les résolutions ont-elles le dos trop large?

Chantale Duplain essaie de bannir la cigarette de sa vie depuis 15 ans. En janvier dernier, cette fumeuse sociale a résolu d’arrêter pour de bon. «Je fume en compagnie d’amis et lorsque je bois. Si je veux cesser de fumer, je dois aussi arrêter de boire. C’est super difficile!» Près d’un an plus tard, cette conseillère en emploi continue d’en griller une de temps à autre.
Cet excès de bonne volonté à l’approche de la nouvelle année n’est pas unique aux Québécois. «Dans la plupart des cultures, on fait des bilans de vie au Nouvel An, et ce, depuis plusieurs millénaires», explique l’ethnologue indépendante Anne-Marie Poulin, vice-présidente de la Société québécoise d’ethnologie.
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Le hic, c’est que nos résolutions tiennent généralement la route… le temps d’une chanson! Pourquoi en arrive-t-on à abandonner une résolution deux semaines après l’avoir prise? Essentiellement à cause du degré de motivation, explique Patrick Gaudreau, chercheur en psychologie sociale à l’Université McGill.
«Il y a autant de motivations que d’individus, dit-il. Mais grâce à la théorie de l’autodétermination (une des théories les plus utilisées en motivation humaine, selon laquelle les individus ont la capacité innée de se développer et d’agir sur leur vie en présence d’un environnement adéquat), on peut regrouper les éléments déclencheurs d’une résolution en quatre catégories : la recherche du plaisir que procure l’objectif, l’importance de cet objectif par rapport à d’autres buts personnels, l’affranchissement d’un sentiment de culpabilité ou la pression de l’entourage.»
Pour plusieurs, janvier amène inévitablement son lot de résolutions. Cesser de fumer, mieux s’alimenter, passer plus de temps avec ses proches et faire davantage d’activité physique figurent parmi les résolutions les plus populaires en début d’année.
«Janvier, c’est notre Noël à nous! constate Stéphane Supple, directeur du gym montréalais L’Apogée. Des gens attendent à la porte dès le 2 janvier pour s’abonner. Par contre, on ne les voit généralement plus au mois d’avril!» Ce n’est toutefois pas l’avis de Sylvain Cyr, vice-président aux ventes chez Nautilus Plus, qui estime que l’activité physique ne fait plus figure de résolution du Nouvel An. «Il n’y a pas plus d’abonnements en janvier que pendant le reste de l’année», dit-il.
Quant aux fumeurs qui décident d’écraser, plusieurs rechutent tout simplement parce qu’il est ardu d’arrêter de fumer, souligne Sylvie Foucault, ancienne fumeuse et coordonnatrice de la ligne de soutien aux fumeurs J’arrête. «La vie d’un fumeur est orientée en fonction de la prochaine cigarette. Ce n’est pas facile d’arrêter parce qu’il faut changer son mode de vie, son environnement et parfois les amis qu’on fréquente.» Pas étonnant que les nouveaux non-fumeurs aient du mal à tenir leurs résolutions!
«Le début de janvier est pour moi le moment des bilans. J’analyse la dernière année et je me demande : si je mourais demain, qu’est-ce qui me manquerait?» Il prend ensuite le temps de coucher ses réflexions sur papier et écrit une prière qu’il répétera quelques fois par jour pendant trois semaines. «Quand je décide quelque chose, je le fais. Je parle aussi de mes résolutions à mon entourage : ça me pousse à aller jusqu’au bout.» Et si plusieurs larguent leurs belles résolutions en cours de route, c’est tout simplement parce qu’ils «ne font pas le suivi, dit Martin Gagnon. Personnellement, je ressors mes brouillons durant l’année pour me rappeler mes résolutions.»