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Tendances
Combattre les décibels

La tyrannie du bruit

La pollution par le bruit semble incontrôlable. Des voix, encore timides, réclament un peu de silence. Mais hors du monde du travail, il existe peu de remparts contre le tapage ambiant.

par Jean-Sébastien Marsan


Magazine Jobboom
Vol. 5 no. 10 novembre 2004


Jadis refuge de silence à 50 kilomètres de Montréal, l’Abbaye cistercienne d’Oka verra ses 34 moines prendre la route de Saint-Jean-de-Matha en 2007. Raisons? Une propriété devenue trop spacieuse pour une communauté vieillissante et... le vacarme des voitures qui filent sans arrêt sur la Route 344, au pied du monastère.

«Notre communauté vit dans le silence pour être sensible à la présence de Dieu», explique frère Lucien, le frère cellérier (responsable des installations matérielles et des employés). «Mais nous sommes incommodés par le bruit de la route et celui des avions, tout comme les gens qui séjournent dans notre hôtellerie. Il y a toujours un bruit de fond, c’est comme si on était en pleine ville.»

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Les moines ne sont pas seuls à souffrir de la pollution sonore. «Dans l’environnement extérieur, il y aurait eu une augmentation d’une dizaine de décibels par décennie au cours des 30 dernières années», avance prudemment Tony Leroux, professeur à l’École d’audiologie et d’orthophonie de l’Université de Montréal. Ces chiffres sont toutefois basés sur des données européennes, ajoute-t-il, et ne sont que partiellement transposables au Québec.

En Amérique du Nord, le transport aérien est une importante source de bruit ambiant. Pourtant, l’Organisation de l’aviation civile internationale impose des normes de certification acoustique qui ont pratiquement éliminé des airs d’anciens et tonitruants modèles de jets, tels le Boeing 707 et le DC-8. «Les constructeurs réduisent le bruit émis par les avions individuellement, poursuit Tony Leroux. Mais comme le trafic augmente, ça ne change pas grand-chose! De plus, étant donné la congestion des aéroports, les survols à basse altitude sont relativement longs.»

Or, il n’existe pas de réglementation limitant le volume des sonneries de téléphones cellulaires, des baladeurs, des chaînes stéréo, dans les salles de cinéma, les discothèques, de la musique imposée dans les boutiques et autres loisirs amplifiés. Pas de réglementation non plus contre le manque de civisme de conducteurs tapageurs ou de voisins aux tympans d’acier... Résultat : au Québec, la pollution sonore est parfois telle qu’il devient alors impossible de se faire entendre sans hurler!

C’est ce que révèle notamment une étude menée récemment dans trois écoles primaires de la Rive-Sud de Montréal par Michel Picard, professeur à l’École d’orthophonie et d’audiologie de l’Université de Montréal. Dans certaines classes, le chercheur a enregistré des niveaux sonores atteignant 70 décibels (dB), soit au-delà du seuil maximal de 35 dB dans les salles de cours prescrit par l’Organisation mondiale de la santé. Le bruit provenait à la fois de l’environnement extérieur et des classes (murmures des enfants, grincements de bureaux, etc.). Aussi bien dire que les enfants auraient besoin d’une oreille bionique pour entendre leur professeur, ce qui nuit autant à l’apprentissage qu’à la santé.

Se faire entendre

L’intolérance des citoyens augmente-t-elle en même temps que le bruit? «Les gens ne sont pas nécessairement de plus en plus intolérants, répond Tony Leroux, mais ils sont de plus en plus sensibilisés à leur environnement, que ce soit le bruit, la qualité de l’air ou de l’eau.»

Sa collègue Phaedra Royle en témoigne. Professeure adjointe à l’École d’audiologie et résidente de Pointe-Saint-Charles, un quartier ouvrier du sud-ouest de Montréal, elle s’active dans un comité de citoyens opposé au triage de nuit par le Canadien National (CN) sur les voies de transport du voisinage. Le triage, ou assemblage de trains, se déroule habituellement dans une gare réservée à cet effet. Chaque fois qu’un wagon est accroché au train, un «bang!» retentit et le choc se répercute dans le reste du convoi — il peut y avoir une centaine de wagons — ainsi que dans les chaumières.

Le comité de citoyens se heurte à plusieurs obstacles, dont la déréglementation du transport ferroviaire. Le CN est aujourd’hui un maillon d’une multinationale américaine «où c’est toujours une question de profit maximum», souligne Phaedra Royle. Transport Canada n’a plus autorité sur le boucan du CN.

À Lévis, Farnham, Saint-Hyacinthe, Outremont et Côte-Saint-Luc—Hampstead, des citoyens se mobilisent aussi contre le triage sur voies. «Il y a une augmentation du trafic ferroviaire, ce qui n’est pas négatif, car c’est un moyen de transport plus écologique que le camionnage, déclare Phaedra Royle. Nous ne demandons pas la suppression des trains, mais le triage dans le respect de la communauté.»


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