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Tendances
Web 2.0

Vis ta virtuelle

Exit le surfeur du dimanche qui cherche simplement de l’information. Désormais, le Web laisse place aux internautes créateurs de contenus en tous genres. Anatomie d’une petite révolution sociale et numérique.

par Corinne Fréchette-Lessard


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 1 Janvier 2007


Trois minutes. C’est grosso modo le temps qu’il faut pour créer son blogue et ajouter son grain de sel dans la mer d’information qu’est devenu Internet. Et il suffit de quelques clics pour se créer une vie virtuelle dans MySpace ou afficher des photos dans Flickr. Les outils du Web 2.0 sont d’une simplicité enfantine et les internautes les adoptent en masse.

L’expression «Web 2.0» est un clin d’œil au système de numérotation des nouvelles versions d’un logiciel et qui suggère qu’Internet est sa seconde mouture. «Depuis trois ou quatre ans, le Web est passé d’un média statique à un média extrêmement coopératif, collaboratif et participatif. Le peuple devient le principal producteur de contenus. C’est un changement important dans le modèle d’opération», résume Pierre C. Bélanger, professeur au Département de communication de l’Université d’Ottawa.

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Trafic monstre

Les «internautes 2.0» sont sans contredit de prolifiques producteurs de contenus. Le site MySpace, par exemple, regroupe plus de 125 millions de membres; quelque 57 millions de blogues parsèment la Toile (selon Technorati, un moteur de recherche qui fouille la blogosphère mondiale); et une moyenne de 65 000 vidéos sont mises en ligne quotidiennement dans YouTube.

Les sites de cette nature sont créés partout dans le monde, et le Québec n’est pas en reste : le groupe Corus (diffuseur propriétaire de la station de radio CKOI, notamment) lançait récemment la plateforme de blogues CKOI ton blogue, et, ce mois-ci, Canoë met en ligne sa communauté de partage de passions Espace. Transcontinental s’apprête à emboîter le pas.

Selon Pierre C. Bélanger, la popularité du Web 2.0 prend racine dans le désir des internautes de partager de l’information. «En ligne, les gens s’expriment sans contrainte. Il se crée des réseaux de personnes qui s’apprennent des choses et qui se valorisent en s’écoutant mutuellement.»

Ces communautés, dans lesquelles des étrangers échangent entre eux, n’existeraient tout simplement pas sans Internet. fascinant.

Ce que confirme Marie-Chantale Turgeon, fondatrice de Meïdia, une entreprise québécoise qui lançait l’automne dernier Étoiles-du-Web, une plateforme de blogues. «Bloguer comble mon besoin de communiquer. Quand je déniche quelque chose d’intéressant, j’ai envie de le partager!» lance-t-elle. Réflexions sur les nouveaux médias, découvertes musicales et autres trouvailles se retrouvent pêle-mêle dans son blogue Vu d’ici. «Je me livre en ligne et ceux qui sont intéressés viennent à moi. J’ai envie de rencontrer des gens partout sur la planète. Mon blogue, c’est ma maison virtuelle, et la porte est grande ouverte.»

Destins croisés

En plus de permettre au commun des mortels de s’exprimer publiquement, blogues, forums et divers sites collaboratifs créent de puissants réseaux sociaux. Ces communautés, dans lesquelles des étrangers échangent entre eux, n’existeraient tout simplement pas sans Internet. Fascinant.

La communauté virtuelle d’André Péloquin, journaliste à CISM, Ici et Bang Bang, c’est celle des amateurs de musique locale. Avec Podmodernisme, un blogue et une baladodiffusion portant sur la scène alternative québécoise, il rejoint des mélomanes qui partagent son intérêt pour les groupes d’ici. Il apprécie la liberté éditoriale et les connaissances que lui offre la Toile. «En ligne, j’ai rencontré un gars qui possède une étiquette de disques noise, un genre de musique que je connais peu. Je n’aurais sans doute jamais tissé de liens avec lui sans Internet.»

Les internautes devraient-ils tous produire du contenu et joindre des communautés virtuelles? Selon André Péloquin, c’est un univers à découvrir. «En musique, tout le monde gagne à faire l’expérience du Web, ne serait-ce que pour découvrir des artistes autrement.»

Pour sa part, Marie-Chantale Turgeon croit que tout dépend des besoins de chacun. «Certains créent leur minimédia pour s’exprimer et diffuser des images, du texte, du son et des vidéos. D’autres se contentent d’observer.»

Pour combien de temps encore?


La base
Les sites 2.0 sont divisés en deux catégories. D’un côté, les sites collaboratifs, qui offrent un contenu élaboré collectivement par les utilisateurs. Par exemple, le site d’information Digg présente des nouvelles choisies par les internautes grâce à un système de votes. Netscape a innové dans cette voie, et cette pratique éditoriale nouveau genre gagne en popularité dans les sites de médias d’information. Wikipédia, l’encyclopédie en ligne écrite et régulée par les internautes, appartient aussi à cette catégorie.

La seconde catégorie regroupe les blogues et réseaux sociaux (tels que MySpace et Facebook) qui fournissent aux membres un espace personnalisé pour s’afficher.

Au confluent des deux catégories, des sites comme YouTube qui offrent un contenu constitué de vidéos personnels et d’extraits repiqués de la télévision. La diffusion massive de ces derniers soulève des questions d’ordre légal puisqu’ils sont protégés par les lois sur la propriété intellectuelle. Google, qui a récemment acheté YouTube, étudie d’ailleurs des avenues pour accommoder financièrement les producteurs de ces contenus.

En bref
Le Web 2.0 met l’utilisateur générateur de contenu au cœur de l’expérience. La recherche Web est enrichie par le partage d’information entre les internautes membres d’une même communauté d’intérêt.

Des tendances
• Se créer une vie virtuelle, en complément de sa vraie vie. Être constamment en contact avec les membres de sa communauté au moyen de différents outils : ordinateur, téléphone portable, etc.
• L’avènement du journalisme social, qui permet à l’internaute d’influencer le contenu des grands médias d’information.

Des écueils possibles
• La protection des renseignements personnels, de la vie privée et de la propriété intellectuelle peut être compromise. Sur le plan légal, tout reste à faire.
• La qualité et la fiabilité des contenus qui alimentent le Web, surtout en information.
• Le développement d’une nouvelle forme de publicité hyperciblée qui pourra déranger.


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