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Tendances
Vivre dans un loft

Le monde libre

À des lieues du condo de «style loft» des petites annonces, on trouve le vrai loft. Cet espace à modeler fait le bonheur de cette race étrange qu’on appelle les lofteurs.

par Sylvie L. Rivard
Photos : Marie-Claude Hamel


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 4 Avril 2007


Quand elle a posé le pied dans son loft fraîchement loué, qu’elle voyait vide pour la première fois, Marie-Claude Hamel a eu un choc. «C’était horrible! Les planchers étaient en béton. Les murs étaient troués. Ceux de la salle de bains n’allaient pas jusqu’au plafond et des rideaux faisaient office de porte!»

À part peut-être les trous dans les murs, cette description correspond à la nature même du loft, fait remarquer François Renaud, agent de recherche à la Société d’habitation du Québec. «À l’origine, le loft était le fruit de la transformation d’immeubles industriels et commerciaux, recyclés en logements bruts. Les résidents prenaient le bâtiment tel quel.»

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Tout le contraire des nouveaux condos de «style loft» retapés qui comprennent une aire ouverte, des chambres fermées et des espaces de rangement. En effet, tous les lofts n’en sont pas, prévient l’analyste de marché Paul Cardinal, de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). «Par définition, le loft provient de bâtiments recyclés. Il se caractérise donc par une grande aire ouverte, sans cloisons, de hauts plafonds et une fenestration abondante. Le loft met habituellement en valeur la nature même du bâtiment, par la présence visuelle d’éléments de structure comme des charpentes, des poutres, des colonnes ou des murs de briques apparents.» Aspect pratique oblige, la définition du loft permet aujourd’hui l’aménagement d’une salle de bains fermée.

Espace

«Quand j’ai visité mon loft, j’ai été impressionnée par l’espace, la lumière et la vue imprenable sur Montréal», relate Hélène, qui préfère taire son vrai nom puisqu’elle habite illégalement un loft à vocation commerciale.

«Le loft m’offrait la liberté d’organiser mon environnement à ma guise, selon mes goûts et mes besoins, poursuit-elle. Les possibilités d’aménagement étaient infinies.» Résultat? Avec son conjoint, elle a planifié les lieux pour pouvoir bricoler et sculpter, son hobby. Pour plus d’intimité, ils ont érigé une mezzanine pour leur lit. En retrait, une zone pour écouter de la musique a été aménagée, de même qu’un coin bureau pour son conjoint architecte.

Le loft procure beaucoup plus de flexibilité qu’un logement régulier, dans lequel des divisions sont imposées, apprécie Hélène. «Selon nos besoins, nous pouvons changer la vocation d’une aire, la réduire ou l’agrandir.»

Gérante dans un bistro, Valérie Quesnel n’est pas seulement tombée amoureuse de son conjoint plâtrier, mais aussi du loft de celui-ci, situé dans une ancienne manufacture du quartier Saint-Henri, à Montréal. «J’étais toujours chez lui, se rappelle-t-elle. J’aimais profiter de l’espace et de la lumière pour y peindre d’immenses toiles, un de mes passe-temps. J’y suis maintenant installée et je profite au quotidien des heures d’ensoleillement. C’est bon pour le moral! Et cette aire ouverte se prête aussi bien aux partys

Occupation double

Au-delà des coups de foudre, il y a des considérations plus terre à terre. Pour la photographe Marie-Claude Hamel, qui vit dans une ancienne usine du Plateau-Mont-Royal, à Montréal, c’est une question de survie. Sans son loft, elle ferait faillite.

«Comme je suis en début de carrière, je n’ai pas assez de sous pour louer à la fois un appartement et un studio. Cela me permet de déduire une grande partie des dépenses d’électricité, de chauffage et de téléphone dans ma déclaration de revenus. Par ailleurs, mes frais sont équivalents à ceux d’un logement conventionnel de dimensions comparables.»

Les bâtiments recyclés abritent souvent à la fois des locataires résidentiels et commerciaux. Un désavantage pour le bruit? Non, répondent les lofteurs. Les voisins commerciaux vivent généralement de 9 h à 17 h, sont absents le week-end et n’ont ni chien, ni tondeuse, ni marmaille!

Plusieurs lofts possèdent d’épais murs de béton, et sont donc bien insonorisés, explique Serge Marin, propriétaire d’un loft situé dans une ancienne brasserie du quartier Saint-Roch, à Québec. «L’avantage est double : on entend peu les voisins et on peut faire tout le bruit qu’on veut!»


Loft story

Les premiers lofts sont apparus dans les années 1960, dans le quartier de SoHo, à New York. «On assistait alors à l’exode des usines de production du textile, notamment, vers le nord de Manhattan et la banlieue», explique Daniel Gill, professeur à l’Institut d’urbanisme de l’Université de Montréal.

«Les artistes ont profité de ces bâtiments laissés à l’abandon. Ils tablaient sur les avantages que conféraient leur architecture et leurs installations, par exemple les monte-charges.» Pionnier du mouvement Pop Art, Andy Warhol a popularisé le loft en s’installant dans une usine désaffectée de New York en 1963.

Au Québec, le loft a fait son apparition au milieu des années 1970 et son véritable essor a eu lieu entre 1980 et 1995, selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement.

Les premiers lofts montréalais ont vu le jour sur le Plateau-Mont-Royal, dans le Vieux-Montréal et dans le Sud-Ouest. À Québec, les quartiers de la Haute-Ville, Saint-Roch et du Vieux-Port ont été les premiers à les accueillir.

Le loft a vite inspiré les promoteurs immobiliers, mentionne François Renaud, agent de recherche à la Société d’habitation du Québec. «L’idée a été reprise dans des églises et des écoles, dans la construction de bâtiments neufs ou dans la conversion d’immeubles en condos avec cloisons.»

Aujourd’hui, si l’on peut encore louer un loft brut, en acheter un est une autre paire de manches. Pour attirer plus d’acheteurs potentiels, les promoteurs et propriétaires dénaturent souvent les lofts en y ajoutant des espaces cloisonnés ou en les rénovant au point d’en faire des habitats coûteux. Ils peuvent aussi en réduire la superficie pour vendre deux minilofts plutôt qu’un seul.


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