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Tendances
Le boycott

J’achète moi non plus

Boycotter certains produits pour créer un monde meilleur… un coup d’épée dans l’eau? Peut-être. Mais parfois, c’est mieux que rien!

par Anick Perreault-Labelle
Illustration : Vincent, Collagene.com


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 6 Juin 2007


Depuis 2001, Greenpeace Canada exhorte les Nord-Américains à boycotter les papiers jetables de Kimberly-Clark, dont les fameux Kleenex. Leur grand défaut? «Leurs serviettes et mouchoirs jetables vendus en Amérique du Nord contiennent 80 % de fibres vierges, essentiellement issues des forêts boréales», explique Mélissa Filion, responsable de la campagne Forêt boréale chez Greenpeace Québec. Résultat des courses : quelque 700 entreprises nord-américaines, essentiellement des PME, se sont publiquement engagées à ne plus acheter ces produits. L’appel a probablement aussi fait vibrer la fibre écologiste de plusieurs consommateurs.

À première vue, le boycott serait donc une arme puissante : en refusant d’acheter des produits particulièrement polluants ou fabriqués par des ouvriers maltraités, les consommateurs forcent les compagnies qui les vendent à changer leurs façons de faire, faute de quoi elles s’exposent à la faillite.

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Le premier boycott connu a d’ailleurs atteint sa cible : en 1880, pour protester contre leurs mauvaises conditions de travail, des fermiers irlandais ont cessé de cultiver les terres dont Charles Boycott avait la charge. Il a finalement démissionné. Par contre, il a laissé son nom au geste de bannir quelque chose pour une question de principes.

De même, à la fin des années 1950, les Noirs de Montgomery, en Alabama, ont massivement refusé de monter à bord des autobus de la ville pour gagner le droit de s’y asseoir n’importe où, et non seulement sur les sièges à l’arrière.

De mémoire de militants, aucun boycott n’a eu d’effets aussi marqués chez nous. Plusieurs se rappellent l’importante campagne québécoise dans les années 1970 contre Cadbury Schweppes : le fabricant anglais de boissons et de friandises avait alors déménagé une usine québécoise en Ontario. Mais on trouve encore aujourd’hui des Mr. Big et des Caramilk dans tous les dépanneurs de la province…

Les 20 % de Canadiens qui, selon Statistique Canada, ont refusé d’acheter certains biens en 2003, ou les ont choisis pour des raisons éthiques, agiraient-ils donc en vain?

La course aux bas prix

Un peu, répond Jacques Nantel, professeur au Service de l’enseignement du marketing à HEC Montréal. Pour lui, les boycotts sont un bon mode d’action en théorie, mais en pratique, ils ne fonctionnent presque jamais. «La raison pour laquelle on refuse d’acheter un produit est souvent ce qui explique son bon prix, qu’il s’agisse du non-respect de l’environnement ou du travail des enfants. Or, une fois au magasin, la plupart des consommateurs prennent l’option la moins chère, indépendamment de leurs opinions politiques», explique-t-il. Même si l’affaire du siècle est liée à des modes de production douteux.

Dans Internet, des dizaines, voire des centaines d’appels au non-achat de certains produits sont affichés. Or, tous ne semblent pas très efficaces.

Les clients choisissent aussi souvent l’option la plus simple. Voire la plus douillette. La preuve? Malgré la campagne de Greenpeace, les ventes du fabricant de Kleenex ont augmenté de 20 % entre 2001 et 2005. «Les consommateurs préfèrent des papiers jetables à base de fibres vierges parce qu’ils sont plus doux et plus solides, dit Dave Dickson, porte-parole de Kimberly-Clark. Ce n’est pas pour rien que les papiers jetables à base de fibres recyclées ne représentent que 2 % du marché!»

L’individualisme, pour ne pas dire le défaitisme, serait une autre cause de l’échec de certains boycotts, regrette Charles Tanguay, responsable des communications à l’Union des consommateurs. «Les gens se disent que le boycott ne servira à rien parce qu’ils seront les seuls à le respecter.»

D’ailleurs, dans Internet, des dizaines, voire des centaines d’appels au non-achat de certains produits sont affichés. Or, tous ne semblent pas très efficaces. Par exemple, l’organisme sans but lucratif Co-op America, connu pour son appui aux boycotts, en recense trois. Mais les entreprises visées – Nestlé, Procter & Gamble et ExxonMobil – se portent toutes bien.

Les boycotts ne sont donc peut-être pas les bombes qu’ils pourraient être, mais ce ne sont pas des pétards mouillés pour autant. Depuis quarante ans, par exemple, plusieurs groupes de défense des animaux appellent au boycott des produits tirés des phoques canadiens, voire de tous les poissons et mollusques sortis des eaux canadiennes. Or, les chasseurs de phoques ont abattu quelque 350 000 animaux en 2006 au Canada, contre… 250 000 à 275 000 annuellement dans la dernière décennie. N’empêche : le gouvernement fédéral a interdit en 1987 la chasse aux bébés phoques, ou blanchons. Le contrôle de l’industrie s’est aussi renforcé, avec des quotas limitant le nombre de proies, notamment.


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