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CD le passage

Au boulot, dans le métro, en auto, on peut aujourd’hui trimballer sa discothèque partout. Mais d’Internet au CD, en passant par le lecteur mp3 et le cellulaire, gérer ses hits préférés n’est pas si simple.

Par Marie-Noëlle Guillemette


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 7 Août 2007


«Je ne me souviens plus du jour où j’ai acheté un CD», confesse Dominic, gestionnaire au sein d’une importante boîte informatique de Québec. Pour ce jeune professionnel aspiré par la révolution numérique, la musique est tout sauf matérielle. «Je gère toute ma musique à partir de mon ordinateur. J’y ai importé les disques que j’avais et je télécharge gratuitement de nouvelles pièces dans Internet. Je ne ressens plus le besoin d’acheter le boîtier. C’est fini ce temps-là!»

Pour lui comme pour beaucoup de jeunes de la génération Passe-Partout, Internet est devenu LA référence musicale. Pourquoi chercher ailleurs? On peut y découvrir de nouveaux artistes au sein des communautés virtuelles de type MySpace, écouter des tounes avant de les acheter dans des sites comme Poste d’écoute.ca et se procurer, à la pièce, nos pistes préférées pour 99 cents sur l’une des 500 plateformes légales de vente de musique en ligne dans le monde. Et si notre conscience nous le permet, on peut aussi gaver notre baladeur gratuitement : chaque année au Canada, il s’échangerait illégalement quelque 1,6 million de fichiers musicaux.

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Même si l’industrie musicale mondiale tire encore 90 % de ses revenus de la vente de disques compacts, les habitudes d’un nombre grandissant de mélomanes sont en mutation, et pas seulement chez les 20-30 ans. Michèle, passionnée de musique et retraitée de l’Université Laval, n’envie rien aux jeunes dégourdis de l’informatique. Elle s’est familiarisée avec le téléchargement sur des réseaux d’échange illégaux, tout en continuant d’acheter des disques en magasin. «En téléchargeant gratuitement, on risque de tomber sur des morceaux escamotés, coupés ou de mauvaise qualité, sans oublier que le téléchargement peut être long. Alors j’achète mes coups de cœur chez le disquaire. Mais lorsque je veux seulement une ou deux chansons, je me sers d’Internet.»

Aperçu chiffré du boom musical numérique : en mars 2007, 26 % des Québécois écoutaient ou téléchargeaient de la musique sur le Web selon le Centre francophone d’informatisation des organisations (CEFRIO). Dans le monde, les ventes de musique en ligne accaparent aujourd’hui 10 % du marché et seront de l’ordre de 25 % en 2010, selon les prévisions de la Fédération internationale de l’industrie phonographique (IFPI). Or, jumelée au piratage et à la montée du téléchargement à la pièce, cette croissance n’est pas sans conséquence pour les ventes de disques, qui ont connu une baisse de 12,8 % en 2006 aux États-Unis, entraînant la fermeture de quelque 800 magasins de disques, selon le Wall Street Journal.

L’embarras du choix

Pendant ce temps, le consommateur apprivoise les nouveaux juke-boxes numériques. Depuis l’apparition du Rio, premier baladeur grand public commercialisé en 1999, et surtout du iPod lancé par Apple en 2001, le marché du lecteur MP3 portatif s’est rapidement diversifié. Aujourd’hui, près de 200 types d’appareils se partagent les étals. Grosso modo, ils sont classés en deux catégories : les baladeurs à mémoire flash (de 64 Mo à 8 Go) et ceux à disque dur (de 10 à 160 Go). Outre la capacité de stockage, ils se distinguent par leur relative simplicité d’utilisation et leurs fonctionnalités. On est loin du bon vieux walkman et de sa fidèle cassette qui se glissait d’un appareil à un autre sans distinction de marques.

Visiblement, le consommateur a le choix. Mais cette apparente liberté n’est pas sans heurt.

En plus des supports musicaux qui deviennent toujours plus petits et plus polyvalents – le cellulaire iPhone et le GPS lecteur de fichiers audio arrivent bientôt en ville –, l’internaute a accès à plusieurs formules pour consommer sa musique. L’achat d’albums et surtout de titres dans des sites marchands progresse rapidement; le téléchargement légal de pièces musicales a bondi de 89 % dans le monde en 2006, selon l’IFPI. L’échange illégal de fichiers sur des réseaux P2P (poste-à-poste), tels que BitTorrent, Kazaa et eDonkey, continue de faire des adeptes partout sur la planète, et ce, malgré les poursuites judiciaires intentées ces 10 dernières années par l’industrie du disque.

En outre, les plus patients (ou gratteux) d’entre nous peuvent télécharger gratuitement et légalement leur musique dans le nouveau site We7. Une seule condition : supporter de 4 à 10 secondes de blabla publicitaire avant l’écoute de chaque pièce.

Fini, les bogues?

Visiblement, le consommateur a le choix. Mais cette apparente liberté n’est pas sans heurt. Pensons aux ennuis liés à certains formats de fichiers musicaux, comme celui que crée le fameux «AAC barré» utilisé par Apple. En implantant des verrous anticopie (DRM) dans ce format, la marque à la pomme forçait jusqu'à tout dernièrement les utilisateurs du iTunes Store à adopter en exclusivité son fameux iPod. Pas étonnant qu’il s’en soit vendu plus de 100 millions jusqu’à maintenant!

Pour se protéger du piratage, les grands studios du domaine du disque ont aussi choisi la voie contraignante des DRM. Trois des quatre compagnies les plus imposantes mondialement, soit Warner, Universal et Sony, empêchent les consommateurs de gérer librement leur musique (envoi par courriel, copie sur baladeur ou sur l’ordi du bureau).

Sans oublier les interfaces nébuleuses et l’incompatibilité de chansons avec les appareils Mac, défauts de certaines boutiques de musique en ligne qui donnent du fil à retordre aux internautes.

Toutefois, depuis qu’Apple a choisi, en avril dernier, de supprimer les DRM de sa discothèque iTunes avec la collaboration du géant EMI, un vent de libéralisation souffle sur l’industrie. Ainsi, d’ici la fin de l’année, le cybermarchand Amazon lancera son site Amazon Music Store, dans lequel l’internaute pourra acheter des MP3 sans système de protection anticopie. Une rumeur court également du côté d’Universal qui, à l’instar d’EMI, abandonnerait les DRM pour ses pièces en vente dans iTunes.

Comment expliquer cette soudaine ouverture de la part des grands joueurs de l’industrie? «Au début du commerce en ligne, les compagnies ne comprenaient pas le phénomène parce que le modèle économique était complètement changé. Elles se sont donc braquées et ont tenté de contrer le phénomène en imposant des mesures contraignantes», explique Alain Mélançon, coordonnateur du multimédia au Carrefour de l’information de l’Université de Sherbrooke. Avec la structuration progressive du marché numérique, les réflexes d’insécurité tendent à se dissiper.


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