Au Québec, une voix athée pourrait servir à lutter contre le lobby religieux.

L’Église a peut-être perdu beaucoup de son pouvoir social, mais selon certains athées, le lobby religieux est encore actif au Québec. Il aurait été particulièrement efficace lors de l’élaboration du nouveau programme Éthique et culture religieuse, qui est implanté cette année dans toutes les écoles primaires et secondaires de la province.
«L’élaboration de ce programme a été confiée par contrat à des théologiens qui ont un parti pris religieux. Ça a donné une formation qui continue d’encourager l’idée que si vous êtes sans religion, vous êtes anormal», déplore Michel Virard, président de l’Association humaniste du Québec, le seul regroupement à se faire porte-parole des non-croyants d’ici.
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C’est une opération de glorification du religieux, qui transmet une approche surnaturelle de la vie. Ce que l’enfant retient, c’est que tout le monde a une religion et qu’il n’y a pas d’incroyants. L’athéisme a d’ailleurs presque complètement été évacué; il n’en est question qu’en quatrième secondaire, alors que ce programme débute en première année du primaire.»
Le MLQ souligne aussi qu’aucun des groupes religieux minoritaires au Québec n’aurait exigé que sa religion soit abordée à l’école. «Le ministère de l’Éducation ne pouvait plus justifier la seule transmission des valeurs chrétiennes. Mais comme il n’a pas voulu les retirer, il a ajouté les autres, même si personne ne l’avait demandé. Le volet Éthique du programme aurait suffi», dit Daniel Baril.
Le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport a décliné notre demande d’entrevue pour donner sa version. Toutefois, par courriel, la Direction des communications affirme que «parmi les universitaires consultés pour l’élaboration du programme, près de la moitié œuvraient dans le domaine de la philosophie, et l’autre en théologie ou en sciences des religions».
Jean-Pierre Proulx, l’ex-président du Groupe de travail sur la place de la religion à l’école créé par le ministère de l’Éducation en 1997, se dit pour sa part content. «Notre groupe avait recommandé en 1999 la création d’un programme de ce type. C’est un enrichissement pour les Québécois que l’école procure une meilleure culture à propos des religions, comme on en a sur la littérature, par exemple.»
Il est d’avis que d’apprendre à dialoguer avec des personnes qui ont des convictions religieuses différentes ou qui n’en ont pas du tout, est aussi un plus. «Car beaucoup de décisions de nos gouvernements portent sur des questions dans lesquelles les valeurs religieuses sont encore impliquées, comme le mariage de personnes du même sexe ou l’avortement.
Quand les croyants débattent dans l’arène publique, ils ne font pas abstraction de leurs convictions. Il faut donc que des gens de convictions différentes puissent être capables de délibérer en société.»