Les voleurs se fondent dans l’ombre et l’anonymat tels des fantômes. Leur pire méfait n’est pas tant de nous dérober nos biens que de saper notre confiance.
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Tout le monde, un jour, gagne quelque chose, même ceux qui se plaisent à dire qu’ils ne gagnent jamais rien. En cherchant un peu, ils trouvent toujours une preuve que la chance ne les a pas complètement oubliés.
Parce que la loi du hasard n’épargne personne. Tôt ou tard, elle finit toujours par frapper. Un jour, c’est un coup de bol. Un jour, c’est un manque de bol.
Ainsi, un jour, tout le monde se fait aussi voler. Si ce n’est toujours pas votre cas, ce n’est qu’une question de temps. Car ce crime multiplie ses victimes depuis la nuit des temps. Il est aussi vieux que l’humanité et sa cupidité.
Le vol est d’ailleurs à la base de maintes histoires et légendes. Celle de Jean Valjean, enfermé au bagne en 1796 après avoir volé un pain pour calmer sa faim. Un geste désespéré sur lequel l’écrivain Victor Hugo a échafaudé le destin de ce célèbre Misérable. Ou Robin des Bois, un hors-la-loi du Moyen Âge, qui détroussait avec panache les riches au profit des pauvres. Qui d’autre? Des pilleurs de trésors, de superbes braqueurs de banque, il y en a eu des tas.
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Mais hier comme aujourd’hui, il y a surtout tous ces petits voleurs qui ne font jamais l’histoire. Bien qu’ils soient parmi nous, nous ignorons qui ils sont. Ils se fondent dans l’ombre et l’anonymat tels des fantômes.
Leur gagne-pain : piquer le bien d’autrui, généralement celui des petites gens qui ne roulent pas sur l’or. C’est-à-dire vous et moi.
Ils se volatilisent avec nos portefeuilles. Ils se cassent vite fait avec nos sacs, nos ordis, nos téléphones portables. Ils se faufilent dans nos maisons, se mettent le nez dans nos affaires et dérobent parfois jusqu’au contenu du congélateur qui contient notre prochain festin de Noël! Ils défoncent nos voitures, s’approprient nos disques préférés, si ce n’est pas carrément la bagnole, essaimée ensuite pièce par pièce aux quatre coins du monde. Ils décadenassent en un tournemain le plus pourri des vélos ou dérobent la meilleure des bécanes sur nos balcons ou dans nos cours clôturées.
Peu importe notre vigilance, nos cadenas, nos serrures et nos systèmes d’alarme; leur travail est justement de les déjouer. Ce qu’ils veulent, les voleurs finissent par le posséder. Ils sont généralement talentueux, et nous, malchanceux d’avoir croisé leur chemin.
Les voleurs s’intéressent à tout ce qui rapporte. Depuis toujours, les objets de valeur sont particulièrement prisés. Mais de nos jours, ils détournent aussi des fonds, ils usurpent des identités, ils s’approprient des idées, certains prennent encore un vilain plaisir à voler les cœurs… Mais ça, c’est une autre histoire!
Quoique ça me rappelle le cauchemar d’une jeune Américaine qui vivait un véritable conte de fées avec un homme asiatique depuis un an. Un matin, son prince s’est barré sans un adieu, après lui avoir vidé tous ses comptes en banque, jusqu’au dernier sou. J’ai croisé cette fille dans un monastère, en Thaïlande. Elle y était venue dans l’espoir d’y trouver la force de pardonner cet homme et de réparer le bris de confiance en l’humanité qu’elle avait subi. J’ignore si elle a réussi.
Car c’est peut-être là où le vol fait le plus mal. La confiance, aucun assureur ne peut la remplacer. Le vol engendre plutôt sa jumelle diabolique : la méfiance envers tout le monde, qui nous oblige à vivre constamment sur nos gardes, à nous cantonner derrière nos propres verrous alors que les voleurs, eux, restent en liberté.
De plus, si on peut parfois remplacer ce qu’on nous vole, on ne peut jamais retrouver leur précieux historique, qui, lui, est à jamais perdu. Ce ne sera jamais plus ce vélo un peu croche avec lequel on a pris plus d’une portière en pleine gueule. Jamais ce bijou unique qu’on conservait dans son tiroir pour un jour le donner à ses enfants. Ou cette première photo d’amoureux cachée dans le portefeuille. Les voleurs subtilisent beaucoup plus que de l’argent et des biens. Ils pillent parfois nos souvenirs, parfois notre avenir, nous laissant comme orphelins de notre histoire.
Pour qui se prennent-ils, au fait, pour nous priver ainsi de ce que nous aimons, pour vivre ainsi aux dépens de l’avoir des autres? C’est la question que tout le monde voudrait leur poser. Mais comme aucun d’eux n’a jamais le courage de se lever et de répondre, on n’a plus qu’à compter sur la loi du hasard. Elle finira bien par leur rendre la monnaie de leur pièce, le jour où ils croiseront l’un des leurs, en plein travail chez eux.