Andréa Richard rappelle qu’aux États-Unis, où il y aurait 30 millions d’athées, la discrimination contre eux est au point qu’ils peuvent perdre leur emploi ou s’en faire refuser un.
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«Au Québec, surtout dans les petits villages, il y a encore une timidité à se dire athée ou agnostique. Je connais des politiciens qui vont à Rome baiser l’anneau du pape en toute hypocrisie, car ils ne croient pas du tout en Dieu!»
Selon Solange Lefebvre, il peut parfois arriver que les athées soient discriminés, tout comme les croyants. «Ce qui est mal vu au Québec, c’est surtout d’affirmer quelque chose sur le plan religieux. Ça dérange et ça ne passe pas! Je crois cependant que l’athéisme est moins discriminé que l’orthodoxie religieuse.»
Chose certaine, l’AHQ est heureuse des retombées positives de la récente campagne publicitaire. Si le slogan «Dieu n’existe probablement pas, alors cessez de vous inquiéter et profitez de la vie» n’a pas eu le mérite de convaincre tout le monde, il aura du moins servi, selon plusieurs, à ouvrir un débat. Et de l’avis de Michel Virard, il aura scellé l’existence de l’athéisme comme option spirituelle au Québec.
Qui sont les athées?
Voilà un mystère peut-être aussi grand que celui de la foi. «On ne sait pas combien il y a d’athées au Québec; il n’y a aucune enquête précise là-dessus», affirme Solange Lefebvre, titulaire de la Chaire religion, culture et société à l’Université de Montréal.
On sait cependant que 400 000 personnes s’affirment sans religion dans la province, selon Statistique Canada, ce qui en fait le groupe le plus important après les catholiques. Mais il faut tenir compte que sous cette catégorie se rangent les personnes d’origine asiatique qui pratiquent le bouddhisme, par exemple, qui est considéré davantage comme une philosophie, fait remarquer Jean-Pierre Proulx, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal.
Selon Daniel Baril, vice-président du Mouvement laïque québécois, la proportion d’athées varie entre 0,06 % et 50 %, d’après les sondages! «Le problème, c’est en général la question des sondeurs : croyez-vous en Dieu? Les gens répondent souvent non, probablement parce qu’ils ont en tête l’image du grand-père à barbe chrétien, qu’ils refusent. Si vous leur demandez s’ils croient en la vie après la mort ou en la réincarnation, les statistiques sur l’incroyance chutent, car beaucoup croient en une forme de surnaturel», explique-t-il.
Il est d’avis qu’on ne peut non plus se fier au taux de 0,06 % d’athéisme au Québec, émis par Statistique Canada. «Ce taux reflète les personnes qui ont écrit “athée” dans la catégorie “autre conviction” du recensement. Or, très peu prennent la peine de l’écrire.»
Il déplore qu’aucune étude sociologique poussée n’ait encore été menée au Québec et qu’on doive se fier aux études européennes pour tracer un hypothétique portrait des athées. Il conclut qu’un taux d’athéisme comparable à celui de l’Europe, soit quelque part entre 5 et 10 %, pourrait être plausible pour le Québec.
En attendant que le véritable visage de l’athéisme québécois ne soit dévoilé, une quinzaine de visages connus du public s’afficheront comme athées au sein d’un ouvrage collectif de type «sortie du placard». Le livre paraîtra l’automne prochain, sous la direction de Daniel Baril, à titre d’anthropologue, et de l’essayiste Normand Baillargeon.