Tendances
Réseautage créatif

Conférences 2.0

Exit les conférences ronflantes. Le réseautage créatif propose des formules éclatées pour brasser des idées, présenter des projets et échanger des cartes professionnelles. Avec des résultats concrets.

par Marie-Claude Élie Morin
Illustration : Jérôme Mireault, colagene.com


Magazine Jobboom
Vol. 10 no. 7
août 2009


Un samedi après-midi, dans un grand loft lumineux d’un édifice semi-industriel de la rue De Gaspé, à Montréal, une soixantaine de filles sont réunies pour participer à un «camp de créativité».

Attention. Il n’est pas ici question de réunion de bricolage ou d’atelier de scrapbooking. L’objectif est tout ce qu’il y a de plus professionnel : tisser des liens avec de futurs partenaires d’affaires et puiser de l’inspiration dans les projets créatifs présentés par quatre conférencières.

C’est le Creacamp, un des meilleurs exemples québécois de ce qu’on pourrait appeler le réseautage créatif – un mélange stimulant de conférence participative et de réseautage. L’événement destiné principalement aux femmes (mais ouvert aussi aux hommes) est né dans la mouvance des anticonférences (voir encadré Camp de travail en page 2), un concept qui cherche à donner un sérieux coup de pinceau aux conférences classiques figées dans le temps.

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«J’étais devenue blasée du modèle des conférences traditionnelles», raconte Marie-Chantale Turgeon, fondatrice de Creacamp, dirigeante d’une boîte de conception Web et blogueuse de la première heure. «J’avais envie de voir autre chose qu’un homme, en avant, qui se pète les bretelles en parlant de ses affaires. Je ne me retrouvais pas là-dedans.»

Quelques fois par année, quatre participantes sélectionnées par le comité d’organisation présentent, pendant dix minutes chacune, un projet qu’elles ont mené à bien. «C’est important que ce soit des projets réalisés – un site Web, un film, des bijoux, peu importe –, un truc tangible dont on ne fait pas que parler», précise-t-elle.

La formule de Creacamp réunit une faune variée. Assises un peu partout sur des chaises et dans des fauteuils, les participantes, âgées de 16 à 65 ans, travaillent majoritairement dans des domaines «créatifs» – le design graphique et la rédaction, notamment –, mais aussi en marketing, en ressources humaines et en comptabilité. En début de rencontre, un tour de salle invite tout le monde à se présenter en quelques mots et après chaque mini­conférence, une séance de questions donne lieu à des discussions animées. Une pause permet aussi à tout ce beau monde de mieux faire connaissance et d’échanger des coordonnées.

D’une fois à l’autre, le concept gagne en popularité : d’une vingtaine de participantes à la première rencontre, elles étaient 60 le 30 mai dernier à avoir acheté leur billet (20 $ en prévente, 25 $ à la porte).

«Avec l’ébullition technologique, le con­texte est favorable à l’innovation et à l’émergence d’événements de réseautage plus participatifs, observe Michel Bélanger, consultant en gestion de l’innovation chez Créativité Québec. Et avec le nombre grandissant de travailleurs autonomes, ces événements permettent aussi de briser l’isolement.»

Diaporama réinventé

À une vingtaine de minutes du loft de Creacamp, la SAT (Société des arts technologiques, située boulevard Saint- Laurent) accueille les soirées bimestrielles Pecha Kucha depuis 2007.

La formule est originale : chaque conférencier présente un projet créatif en 20 images, projetées pendant 20 secondes chacune (pour une durée totale de 6 minutes 40 secondes). Le concept (dont le nom signifie «le bruit de la conversation» en japonais) est importé de Tokyo, où il a vu le jour en 2003.

Derrière la mouture montréalaise, quatre copains et collègues, dont Boris Anthony (un designer de projets Web interactifs qui a séjourné à Tokyo, où il a découvert le concept) et Patrick de Barros, architecte et designer. «On avait l’impression que la ville dormait au gaz, raconte ce dernier. On voulait créer un lieu d’échanges, un sentiment d’appartenance pour tous les gens qui travaillent de près ou de loin dans le monde du design.»

Les pelleteurs de nuages n’ont pas leur place dans ce type d’événements, où l’accent est mis davantage sur les étapes de réalisation que sur l’autocongratulation.

Les présentations ont lieu en trois blocs, séparés par deux pauses pendant lesquelles les 150 à 200 personnes présentes peuvent étancher leur soif au bar, entamer une discussion ou deux et écouter un peu de musique fournie par des DJ invités. Prix d’entrée : 5 $.

L’atmosphère est décoincée. «Personne ne s’offusquera que vous parliez pendant les présentations, précise Patrick de Barros. Et il y a place à l’imperfection : on ne veut pas 12 clones en avant avec les mêmes habiletés.» On est loin des conférences ronflantes des chambres de commerce!


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