Tendances

Malades d'argent (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 10 no. 8
septembre 2009

À chacun ses limites

Amanda Mills, comptable et fondatrice de Loose Change, une firme de consultation en finances de Toronto, a commencé à offrir de la thérapie financière à force de voir ses clients pleurer dans son bureau à l’heure des impôts. Elle a réalisé que leur désarroi ne venait pas tant de l’argent lui-même que de leur relation avec l’argent, qui peut être très émotive.

Elle a depuis appris à faire de la thérapie de façon autodidacte, en se nourrissant de livres et de séminaires, et en huit ans, elle a conseillé environ 700 personnes dans le cadre de séances individuelles ou d’ateliers en groupe. Ses limites sont cependant claires : quand un «blocage» financier a de trop profondes racines psychologiques, par exemple la relation intime avec un parent, elle suggère à l’individu d’aller consulter un psychologue et de revenir la voir ensuite pour travailler sur ce qui a des impacts concrets sur les finances.

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Peu de psychologues se spécialisent dans les questions d’argent parce qu’ils pensent qu’ils doivent être des «gourous» de la finance pour pouvoir aider, estime-t-elle. «En fait, ils n’ont qu’à être en paix avec leur propre argent. C’est assez pour travailler sur le sujet.»

Pour sa part, Rick Kahler ne collabore qu’avec des thérapeutes qui ont personnellement fait une thérapie financière, telle qu’il la pratique. «C’est important, car il y a toujours des risques que le thérapeute fasse de la projection», dit-il.

Aussi, les professionnels qui s’aventurent en thérapie financière doivent respecter la déontologie. «Le thérapeute doit être officiellement formé, affirme le psychologue Brad Klontz. Un planificateur ou conseiller financier ne peut donc pas s’improviser thérapeute.»

Inversement, un psychologue ne doit pas s’immiscer dans les affaires personnelles de son client, dit Diane Côté, directrice des communications de l’Ordre des psychologues du Québec. «Il peut aider un client à modifier son attitude et son comportement vis-à-vis de l’argent, mais il ne peut pas lui dicter quoi faire avec ses comptes de banque ou ses actions, par exemple.»

Argent secret

Bien que l’argent soit le cœur de la société de consommation, il demeure encore un sujet étonnamment tabou en Occident, ce qui a pour effet d’encourager un savoir boiteux en gestion de finances personnelles et, chez certaines personnes, l’essor de troubles financiers. «On ne sait jamais l’état réel des finances de quelqu’un, car personne n’aime parler de son argent», rappelle Amanda Mills.

«Au Québec, on ne parle pas d’argent! Ce silence crée donc une société qui apprend les finances sur le tas et qui s’endette», ajoute Josée Cousineau, coordonnatrice de l’École de l’argent au Carrefour jeunesse emploi de l’Outaouais, organisme qui tente de remédier à l’ignorance générale en formant plus de 2 000 jeunes aux rudiments des finances depuis 2005.



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