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Tendances
La tête ailleurs

Promesses, promesses

Obsédées par la conquête de nouveaux clients, trop d’entreprises négligent ceux qui leur sont restés fidèles

par Annick Poitras


Magazine Jobboom
Vol. 10 no. 8
septembre 2009

Dans cette société où tout se consomme et se jette à grande vitesse, les promesses s’oublient souvent aussi vite.

Comme celles de toute entreprise qui a quelque chose à vendre. Elles nous courtisent avec ardeur, vantant leurs produits, mais surtout leurs mérites et leur loyauté envers la clientèle. Satisfaction garantie ou argent remis, qu’elles scandent à tout vent.

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Elles jouent ainsi à fond la carte de la confiance, cet as qui finit souvent par remporter la mise. Car c’est dans notre nature de craquer pour la fiabilité, la transparence et la loyauté, des valeurs qui ont traversé les époques sans jamais perdre de leur noble vernis. Les entreprises le savent et les vendent parallèlement à leurs produits. Et on achète, évidemment…

Mais une fois la transaction conclue, leur charme s’étiole très vite. Dès lors, on réalise que certains de ces vendeurs du temple nous tiennent pour acquis et aussi pour des cons.

À commencer par des fournisseurs de service Internet. Pour s’attirer de nouveaux abonnés, ils offrent des forfaits avantageux à ceux qui déménageront leur connexion chez eux. Mais leurs «vieux» clients, ceux qui sont fidèles comme des pantoufles et qui soutiennent donc l’entreprise depuis des années, n’ont pas accès à ces privilèges. Sous le prétexte qu’ils sont déjà abonnés! Alors ils ont droit à quoi? À rien, sauf à payer une facture beaucoup plus salée que ceux qui viennent d’arriver.

C’est un encouragement direct, pour nous, à les balancer pour la concurrence. Pour l’entreprise, c’est suicidaire : alors que la conquête de nouveaux clients coûte une fortune, elle prend le risque de perdre sa base en lui refilant, justement, la facture des nouveaux abonnés.

C’est d’une incohérence grave. Les entreprises ont pourtant avantage à favoriser et à bichonner leurs clients existants, ne serait-ce que pour les remercier, d’abord, par simple politesse. Ensuite, pour tenir leurs promesses de satisfaction et de loyauté sur lesquelles elles bâtissent de plus en plus leur image et leur marque de commerce. Si elles veulent des clients loyaux, gages de prospérité, les entreprises doivent leur rendre la pareille, et tenir parole.

Il faudrait peut-être le rappeler aux banques, aussi. Enjôleuses, enrobées d’images d’accomplissement personnel et de liberté, leurs campagnes de pub carburent à l’espoir de chacun de pouvoir réaliser ses rêves, comme faire un tour du monde, acheter un chalet ou lancer sa propre entreprise.

Or, ces grands projets comportent des risques; ils peuvent, par exemple, impliquer un mouvement en emploi ou une baisse momentanée de revenus. C’est dans ces périodes de transition que nous avons besoin du soutien tant vanté de notre banque, de sa confiance en notre potentiel.

Pourtant, c’est quand nous osons nous mettre en position de vulnérabilité financière qu’elle nous laisse souvent tomber. Peu importe que l’on ait un long historique A+ en tant que fidèle client et investisseur dans cette institution. S’il n’y a momentanément plus un revenu régulier qui atterrit dans le compte, la banque a tendance à couper les vivres et à nous traiter en indésirable.

Certains diront que c’est normal, que les institutions financières ont besoin d’un minimum de garanties pour accorder du crédit. Peut-être, mais ce n’est pas ce qu’elles nous vendent. Qu’elles avouent plutôt qu’elles désirent seulement notre argent, qu’elles prêteront à un autre à profits faramineux. Ça aura au moins le mérite d’être franc.

Ce décalage entre la parole et les gestes est toujours décevant. Mais proba­blement explicable : ces entreprises en savent peut-être plus que nous sur notre nature passive de consommateurs. Face à ces petites trahisons commerciales, nous réagissons la plupart du temps en demeurant cois.

Cette déception, c’est malheureusement ce à quoi nous faisons face, de plus en plus, dans cette société où tout le monde doit vendre quelque chose à tout prix, à n’importe qui, en s’accordant le droit de n’annoncer que ce qui plaît pour arriver à ses fins.

Comme des loups de bar qui se permettent de débiter des fausses promesses aux gazelles pour réussir à les croquer. Sans remords ni regrets.

Grand Dieu, ça promet!
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