Trouvez un article

Rechercher

Tendances

La littérature prend sa place sur le Web

On entend souvent qu’Internet finira par tuer le livre. Or, diverses communautés virtuelles redonnent plutôt du souffle à la littérature!

par Annick Poitras




L’été dernier, Isabella Kratynski, éditrice dans le domaine du marketing à Montréal, s’est donné un défi : lire Infinite Jest, une brique de 1 000 pages de l’auteur américain David Foster Wallace, qui s’est suicidé l’an dernier. Paru en 1996, ce roman complexe considéré comme un chef-d’œuvre de la littérature, est tout sauf facile à digérer. «J’avais essayé de le lire il y a quelques années, mais j’avais abandonné à la page 74», raconte-t-elle.

En juin dernier, elle a replongé dans le bouquin. Mais cette fois, elle n’était plus seule dans cette galère. Aux quatre coins du monde, des milliers de bibliophiles s’engageaient simultanément à lire Infinite Jest à raison de 75 pages par semaine, afin de le terminer avant le 22 septembre. Ces gens avaient répondu à l’appel lancé par le site InfiniteSummer.org, une sorte de club de lecture virtuel qui permet aux lecteurs de partager leurs impressions et interrogations sur ce roman tortueux. Et surtout, de relever ce défi de lecture ensemble.

Nicolas Langelier, de Boréal, a espoir que les sites permettant aux internautes d’échanger sur la littérature contribuent à augmenter les ventes de livres.

«Difficile de dire le nombre exact de personnes qui ont lu Infinite Jest cet été, mais en août, 5 000 lecteurs nous suivaient sur Facebook et 3 000 sur Twitter, en plus des échanges sur notre site. C’est assez incroyable!» explique l’instigateur du projet Matthew Baldwin, à Seattle. Rédacteur de profession, il partageait depuis deux ans des défis de lecture estivale avec quelques amis. En 2009, il a lancé l’idée au monde entier sur le Net et le mot s’est rapidement passé grâce aux réseaux sociaux.

«Le fait qu’on lise tous en même temps motive beaucoup les gens et cela peut expliquer notre succès. C’est comme s’entraîner pour un marathon; en groupe, ça devient faisable.»

Isabella Kratynski estime qu’elle tire une lecture plus approfondie de ce roman grâce aux observations des autres lecteurs, qui sont d’ailleurs issus de tous les horizons. «Il y a des gens de 16 à 60 ans, professeurs, étudiants, maçons… C’est un partage de visions enrichissant.»

Pub.

Internautes écrivains

Activité traditionnellement solitaire, lire se transforme en un trip de gang à grande échelle sur Internet. Écrire, aussi. Parlez-en à Chris Baty, fondateur du National Novel Writing Month (NaNoWriMo), installé à Oakland, en Californie. L’an dernier, il a motivé près de 120 000 internautes issus de 90 pays à écrire un roman en un mois. Rien de moins!

«Nous avons commencé avec 21 participants en 1999 et nous prévoyons que 150 000 adultes et 30 000 jeunes s’inscriront en novembre cette année», dit-il, encore surpris par la popularité de cette initiative virtuelle, qui a lieu chaque année en novembre depuis 10 ans et qui vise à encourager la créativité littéraire chez les quidams de ce monde.

«La question n’est pas si tout le monde a un livre en lui, mais plutôt combien de livres? affirme Chris Baty. Tout ce qu’il faut pour écrire un roman, qu’il se révèle bon ou mauvais, c’est de la volonté, une communauté de gens qui traversent les mêmes difficultés et qui peuvent nous soutenir virtuellement, un deadline pour réussir et… beaucoup de café!»

Au fil d’arrivée de ce marathon d’écriture, aucun prix à gagner. «La seule récom­pense, c’est la satisfaction d’avoir pondu une fiction de 175 pages en un mois. Environ 20 % des participants persistent et relèvent le défi. C’est comme le gym; plusieurs s’inscrivent, mais peu y retournent!»

N’empêche, depuis 1999, 30 romans nés du NaNoWriMo ont été publiés par des maisons d’édition; environ 1 000 récits se baladent librement sur la Toile et des dizaines de milliers de personnes ont publié elles-mêmes leurs écrits, estime Chris Baty.


guide de survie


À quel point aimez-vous votre travail?








Résultats



Québec

42,8 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

NOS AIGUILLEURS