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«Ton ex était-il meilleur que moi au lit?» Face à une telle question, beaucoup ont recours au mensonge blanc. Prononcées pour éviter de blesser, ces entorses à la vérité sont perçues comme inoffensives. Et si ces petites menteries avaient des conséquences plus graves qu’on le croit?

L’automne dernier, l’humoriste britannique Ricky Gervais tenait la vedette dans The Invention of Lying, un film dont l’histoire se déroule dans un monde où le mensonge n’existe pas. Dans une des scènes les plus cocasses, son personnage se présente chez une demoiselle pour un rendez-vous galant. «Tu es en avance, je suis un peu frustrée car j’étais en train de me masturber», lui dit-elle en ouvrant la porte.
Cru, dites-vous? D’où l’importance d’adoucir un peu la vérité dans nos relations interpersonnelles.
«Le mensonge remplit une fonction importante pour maintenir une paix sociale entre les hommes», explique Claudine Biland, psychologue sociale et auteure de La Psychologie du menteur. Et nous l’utilisons abondamment : le commun des mortels ment en moyenne 2,5 fois par jour, selon elle.
«Nous mentons beaucoup plus que nous le pensons et beaucoup plus que nous l’admettons», renchérit Robert Feldman, professeur de psychologie à l’Université du Massachusetts et auteur de The Liar in Your Life: The Way to Truthful Relationships, paru l’automne dernier. Il a d’ailleurs mené des expériences dans lesquelles des adultes étaient invités à se présenter à des inconnus. Résultat? La majorité a menti jusqu’à trois fois en une dizaine de minutes. «Les participants eux-mêmes étaient surpris de constater le nombre de faussetés qu’ils avaient prononcées», raconte-t-il. Certains ont prétendu avoir été dans un groupe de musique alors qu’ils n’avaient suivi que quelques leçons de guitare. D’autres parlaient de projets professionnels qu’ils n’avaient aucunement l’intention de mener à bien.
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Selon Robert Feldman, ces petites entorses à la vérité ont un coût : l’authenticité des relations. «Si un collègue de travail donne une présentation médiocre et que tout le monde lui dit que c’était super, il ne s’améliorera jamais, dit-il. Les mensonges blancs empêchent d’avoir une image juste de soi-même, de ses forces et de ses faiblesses.»
«À trop vouloir plaire ou éviter de décevoir, on se coupe totalement de ce qu’on ressent vraiment», renchérit Thomas d’Ansembourg, conférencier et auteur de l’ouvrage Cessez d’être gentil soyez vrai. «La colère, la désapprobation ou la tristesse qu’on n’ose pas exprimer finit par sortir de manière violente – comme un couvercle de Presto qui saute – sous forme de crise : divorce, burnout, dépression.»
«Le mensonge est entériné dans notre société», constate Normand Baillargeon, professeur en sciences de l’éducation à l’UQAM et auteur du Petit cours d’autodéfense intellectuelle. «Nice guys finish last, dit le dicton anglophone : être gentil et honnête n’apporte pas le succès. Ainsi, les entreprises présentent leurs produits sous leur meilleur jour et cachent le fait qu’ils sont fabriqués par des enfants en Inde, par exemple. C’est la base de la pub.»
Une réalité qui engendre le cynisme, selon lui. «On tient maintenant pour acquis que les hommes politiques nous mentent et ne sont motivés que par des intérêts personnels. Nos institutions sont dégradées par le mensonge.»
Aussi, les menteurs se font rarement pincer, ce qui les incite à récidiver, selon Robert Feldman. Une situation qu’il attribue à ce qu’il appelle le truth bias, le parti pris pour la vérité. «Nous tenons généralement pour acquis que les autres disent la vérité et nous sommes très peu habiles pour détecter les mensonges même quand nous sommes à l’affût», fait-il valoir.
«La plupart des gens n’émettent pas de signaux clairs lorsqu’ils racontent des faussetés», confirme Claudine Biland. Elle estime que seulement 20 % de nos mensonges sont détectés.