Oubliez les aventures sulfureuses sur la photocopieuse ou dans l’arrière-boutique. Des relations purement platoniques entre collègues de sexe opposé fleurissent en milieu de travail. Les «époux» de bureau, vous connaissez?

La polygamie gagne en popularité au Québec et est tout à fait légale... L’époque où l’on jurait amour et fidélité à une seule personne est révolue. Surtout qu’en cette ère carriériste, des travailleurs s’initient au plaisir d’avoir un conjoint à la maison… et un autre au boulot.
De nombreuses personnes font partie du lot des infidèles sans le savoir. Vous avez développé une grande complicité avec un collègue du sexe opposé avec qui vous passez beaucoup de temps? Vous dînez régulièrement ensemble et vous vous confiez l’un à l’autre à propos de sujets parfois intimes? Si vous avez répondu oui à l’une de ces questions, en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous déclarons époux de bureau!
| Pub. |
L’expression épouse de bureau, ou office wife, est en fait le titre d’un roman de Faith Baldwin paru en 1930. À une certaine époque, le titre d’épouse de bureau était accordé à la secrétaire fidèle et dévouée du patron. «Ce genre de relation n’était pas nécessairement basé sur l’amitié, mais plutôt sur le rôle de l’épouse traditionnelle transposé au travail», explique Jennifer Berdahl, professeure associée au Rotman School of Management de l’Université de Toronto. Elle lui apportait son café, elle façonnait son nœud de cravate, elle pouvait s’occuper de ses commissions, elle lui rappelait ses rendez-vous importants, de même que l’anniversaire de ses enfants.
Mais un article publié en mars 2005 dans le magazine américain pour hommes Gentlemen’s Quarterly (GQ), a donné une signification plus contemporaine à l’expression office wife. Les époux de bureau d’aujourd’hui sont collègues et partagent une relation d’égal à égal. C’est un rapport vécu en milieu de travail, intimité sexuelle en moins, il va sans dire.
Jennifer Berdahl s’oppose au nouveau concept d’époux de bureau. «Je n’aime pas cette expression pour décrire une relation égalitaire. À ce que je sache, cette expression était utilisée pour évoquer les rôles plus traditionnels entre homme et femme dans un mariage», explique-t-elle.
Pourtant, l’épouse de bureau contemporaine existe bel et bien. Nous en avons rencontré plusieurs. Micheline, 38 ans, avocate, a eu un époux de bureau pendant quatre ans. Elle était nouvellement employée lorsque Robert lui a offert son aide pour la première fois pour certains dossiers. Avec le temps, les deux ont remarqué qu’ils étaient faits pour s’entendre. «Je n’avais pas d’attirance physique pour lui. C’était une réelle amitié. Il avait un type de personnalité qui m’attirait, c’est le genre d’homme que j’aime fréquenter», décrit-elle.
Il est vrai que les horaires de travail prolongés favorisent de plus en plus la complicité entre collègues, observe Hélène Lee-Gosselin, professeure titulaire au Département de management de l’Université Laval et chercheuse dans le domaine des pratiques professionnelles et de l’évolution de la présence des femmes au travail. «Le travail occupe une grande proportion de notre temps. Par conséquent, la vie hors du travail n’existe à peu près pas quand on travaille 50, 60, 70 heures par semaine. Aussi bien avoir une vie sociale et une vie au travail simultanées parce qu’autrement, il n’y a plus de vie sociale du tout.»
L’époux de bureau peut se révéler un allié utile en milieu de travail. «Personne n’aurait parlé contre moi devant lui parce que tout le monde savait qu’il aurait pris ma défense», remarque Micheline.
Mais ces amitiés particulières ne font pas l’unanimité. Par exemple, Micheline sait que sa relation avec Robert agaçait son supérieur immédiat. «Mon patron avait l’impression qu’il n’avait pas d’autorité sur moi, car Robert imposait naturellement le respect au bureau.»
Mais il y a pire danger : la réaction de la «vraie» tendre moitié à cette relation de grande complicité. Un époux ou une épouse de bureau ne doit pas représenter une menace aux yeux du conjoint. Robert et Micheline l’ont compris. Ils se sont côtoyés strictement en milieu de travail. La femme de Robert connaissait l’existence de Micheline, et les trois ont même déjà dîné ensemble.
Selon Sylvie Lavallée, sexologue et psychothérapeute, avoir un époux de bureau devient problématique lorsqu’on parle fréquemment de cette personne à la maison. En effet, les problèmes surgissent lorsqu’on se prête au jeu des comparaisons. Par exemple, contrairement à votre mari, votre collègue vous complimente sur votre habillement. Il a même remarqué la nouvelle couleur de vos cheveux. «Si le collègue est archi-sympathique, et qu’en plus, il y a un petit flirt de complicité, des propos comparatifs peuvent devenir sarcastiques aux oreilles du conjoint et lui signifier que “lui, il le fait, et toi, tu ne le fais pas”», explique la sexologue.