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Vie au travail

Je m'affiche! (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 6
juin-juillet 2006

Trop c’est trop

De l’avis de Jacqueline Vischer, toutes les catégories de travailleurs personnalisent leur territoire, du commis jusqu’au cadre. Mais les femmes seraient plus «bébelleuses» que les hommes, selon la psychologue américaine Meredith Wells, qui a consacré sa thèse de doctorat aux raisons qui poussent les travailleurs à décorer leur bureau. Et encore, les hommes aiment étaler des objets ayant un lien avec le sport ou leurs accomplissements (trophées, diplômes), tandis que les femmes affichent des symboles de leurs relations personnelles (photos ou fonds d’écran représentant leur famille, amis et animaux de compagnie).

En moyenne, selon les études de Jacqueline Vischer, les employés possèdent entre 6 et 12 objets personnels pour décorer leur bureau. «Mais j’ai déjà compté 56 éléments dans un seul poste de travail!»

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En effet, certains travailleurs transforment leur espace en musée, étalant leurs babioles jusque sur le dessus de leurs cloisons! Une mauvaise idée, estime le psychologue Charles Larocque. «Il faut faire preuve de modération. Avoir un ou deux portraits de famille dans un cadre, ça va… Mais quand tout l’album de photos se retrouve sur les murs, le patron peut penser que l’employé est moins engagé envers l’entreprise qu’envers sa famille. Autre exemple : afficher tous ses diplômes renvoie l’image d’un employé prétentieux qui manque de confiance en lui.»

Le Français Jean-Claude Bendrell, spécialiste du comportement humain en milieu clos, pense que la surcharge d’éléments décoratifs est un moyen de défense. «Quand un travailleur modifie à outrance son environnement, cela peut signifier qu’il se sent agressé. Ses besoins sur le plan du territoire et de l’intimité ne sont pas respectés. Il compense cette attaque en décorant trop, parce qu’il a besoin de se trouver dans un environnement sensoriel qui le calme. Mais bien sûr, c’est aussi une question de personnalité.»

Pas de flafla

Par ailleurs, le fait de ne pas décorer du tout peut aussi vouloir dire que ça ne tourne pas rond. «Il s’agit d’une réaction à l’opposé de l’excessif, mais qui peut traduire le même mal-être au travail, estime Jean-Claude Bendrell. C’est aussi une forme d’ascétisme, qui démontre aux autres qu’on est un être rigoureux, assez fort pour se priver de fantaisie.»

Carla Ferro, banquier personnel à la Banque Nationale, fait partie de ceux qui ne se permettent même pas une photo en fond d’écran. Seuls des dépliants promotionnels de la banque sont visibles sur son bureau dépouillé. «Pour moi, les objets personnels n’ont pas leur place au travail. Tout ce qui ne représente pas l’entreprise devrait être exclu. Autrement, je trouve que ça manque de sérieux.»

Il faut dire que la Banque Nationale encadre strictement les élans de ses employés, du moins dans les bureaux des succursales. Tous les tableaux sur les murs sont choisis par la banque. L’affichage des diplômes des employés se fait en un lieu précis. Et pas question de cultiver le fouillis sur son bureau : la paperasse doit être rangée dans les tiroirs et classeurs, en tout temps.

«On a instauré une politique d’aménagement il y a 10 ans afin d’uniformiser nos bureaux, explique Donald Simoneau, directeur du service Aménagement réseaux, à la Banque Nationale. Ainsi, un client qui change de succursale retrouvera toujours le même environnement ordonné et professionnel. La direction souhaite que les employés aménagent leur bureau avec goût et sobriété.»

Ces restrictions à l’égard de la personnalisation ne sont pas propres au domaine bancaire. La plupart des entreprises sont sensibles à l’image qu’elles projettent, surtout lorsque leurs activités comprennent des contacts fréquents avec des clients externes. Peut-on les blâmer?

«J’ai déjà vu une réceptionniste dans une entreprise prestigieuse qui avait mis des fleurs en plastique roses et bleues à l’entrée, raconte le psychologue Charles Larocque. L’employeur a dû lui dire que ce choix ne reflétait pas l’image de marque qu’il souhaitait véhiculer. Ils se sont entendus pour décorer avec de vraies fleurs.»

Isabelle, analyste budgétaire dans une société financière, a aussi appris qu’il ne fallait pas aller à l’encontre du style imposé par la compagnie. À la suite de commentaires désobligeants de son entourage, elle a dû retirer de son bureau ses mascottes des restaurants McDonald. «Mes collègues me disaient que ça ne faisait pas sérieux. Depuis, je me contente d’une photo de mon chat et de quelques bibelots neutres.»

Le conseil de Charles Larocque pour éviter les faux pas : avant de débarquer avec votre collection de Ninja Turtles dans une nouvelle entreprise, observez la culture qui s’y est installée. Si votre patron a lui-même toutes les poupées de Star Trek sur son classeur, allez-y gaiement. Sinon, optez pour la sobriété et faites preuve de jugement.


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Québec

45,9 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

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