À l’opposé des Européens, les cinéastes américains préfèrent les destins individuels : le Taxi Driver de Martin Scorsese (1976), les journalistes dans All the President’s Men (Alan J. Pakula, 1976), les employés de la chaîne de montage automobile de Blue Collar (Paul Schrader, 1978), l’ouvrière du textile Norma Rae (Martin Ritt, 1979) et plusieurs autres. Chez nos voisins du Sud, un film prosyndical comme Salt of the Earth (Herbert J. Biberman, 1954) est une exception.
Le cinéma québécois, pour sa part, passe du portrait à l’analyse. En 1965, Gilles Carle détourne un projet de documentaire sur le déneigement produit par l’Office national du film pour réaliser une fiction sur le Noël d’un déneigeur, La vie heureuse de Léopold Z. Au même moment, Michel Brault tourne Entre la mer et l’eau douce, où un jeune travailleur manuel quitte son village de Charlevoix pour chanter à la Place des Arts. «Et dans Mon Oncle Antoine (Claude Jutra, 1971), les mineurs de la région de l’amiante constatent leur exploitation par le grand capital», ajoute Yves Lever.
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La vraie nature de Bernadette de Gilles Carle (1972) raille le «retour à la terre» d’une urbaine qui ne comprend rien au travail agricole. Dans Gina (Denys Arcand, 1975), un cinéaste qui tourne un documentaire sur les ouvriers du textile de Louiseville se lie d’amitié avec une danseuse nue persécutée par une bande de chômeurs. Arcand compare les conditions de travail de chacun et propose une réflexion sur son métier de cinéaste.
À propos de Gina, Pierre Jutras relève que «ceux qui ont le mieux réussi à filmer le travail, ce sont les cinéastes qui filment des cinéastes au travail. Un réalisateur peut parler de son métier plus facilement que du métier des autres.»
JUSTE POUR VOIR
La Cinémathèque québécoise a présenté au public (et peut projeter de nouveau) presque tous les films cités dans cet article.
Plusieurs titres sont offerts en VHS ou en DVD dans les clubs de répertoire,
notamment la Boîte noire (Montréal).
Le XXe siècle à l’écran, Schlomo Sand, Éditions du Seuil, Paris, 2004.
«Le travail au cinéma : filmer l’infilmable», 24 images n° 111, Montréal, été 2002.
Cinéma & mouvement social. Nous avons tant à voir ensemble, Emile Breton, Michel Guilloux, Tangui Perron, Jean Roy, VO Éditions, Paris, 2000.