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Vie au travail
Héros des communautés

Leur travail change le monde

Ils sont bien humains. Sans cape et sans pouvoir magique. Ils ne grimpent pas aux murs, pas plus qu’ils ne portent le collant. Enfin, peut-être, mais ça ne nous intéresse pas! Ce qui nous intéresse, par contre, c’est que par leurs efforts et leurs idées, ils transforment leur monde plus que les personnages surhumains de Hollywood.

recherche et rédaction : Corinne Fréchette-Lessard


Magazine Jobboom
Vol. 6 no. 7 août 2005

C’est en soulevant des roches dans toutes les régions du Québec que le Magazine Jobboom a déniché des héros du quotidien, humbles et discrets, qui font de l’épanouissement de leur communauté un projet de carrière et, bien souvent, de vie.

Qu’ils volent au secours de la veuve et de l’éploré, qu’ils fassent le Bien dans leur patelin ou qu’ils organisent tout simplement un show de boucane qui met leur village sur la map, ces travailleurs (pas tout à fait comme les autres) méritent qu’on leur donne une tape sur l’épaule!

Patrice Bélanger • Gatineau, Outaouais

IL INSPIRE...

Patrice Bélanger l’avoue d’entrée de jeu : s’il avait pu, il n’aurait jamais quitté l’Outaouais. Mais métier de comédien oblige, il a déménagé ses pénates de Gatineau à Montréal il y a huit ans. Mais ni son adresse dans la métropole ni ses nombreuses incarnations au petit écran et sur les planches ne l’empêchent de s’impliquer dans sa région chaque fois que l’occasion se présente.

Le diplômé du Conservatoire d’art dramatique de Montréal n’hésite pas à répondre à l’appel lorsqu’on lui offre le rôle de porte-parole, d’invité d’honneur ou d’animateur de soirées-bénéfice. Bien connu du jeune public grâce à sa participation à des émissions comme Réal-TV et Banzaï, le Gatinois de 27 ans confie avoir «un gros, gros faible pour les causes qui concernent les jeunes, les ados, les enfants». Il s’associe donc depuis plusieurs années à une myriade d’événements – festivals, campagnes de financement, tournois de golf, rencontres avec des élèves – dont les retombées leur sont destinées.

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Chaque fois, sa collaboration est remarquée. «Il donne sans compter», résume Marie-Josée Viau, directrice du Club des petits déjeuners de l’Outaouais. Cet organisme effectue une collecte de fonds, le Radiodon, dont l’énergique comédien est la tête d’affiche depuis trois ans. «La majorité des porte-parole ne passeront pas la journée complète au Radiodon parce que c’est extrêmement exigeant. Ça a lieu dans un endroit public, alors ils sont sollicités toute la journée», précise-t-elle. Patrice Bélanger, lui, reste jusqu’à la fin. Il fait la tournée des écoles et déploie des trésors d’énergie pour maintenir le moral des bénévoles. «Il est d’une générosité incroyable et autant les gens du troisième âge que les jeunes qui regardent ses émissions sont contents de le croiser.»

Histoire de «redonner au public», Patrice Bélanger se démène dans une multitude d’autres événements. Ainsi, cette idole du jeune public aide à l’organisation de la Classique de golf Daniel Brière dont les fonds amassés vont à des organismes pour les jeunes de la région. Soucieux d’épauler l’effervescence artistique locale, il anime aussi le gala du Concours de la relève culturelle de Gatineau. Par ailleurs, il visite régulièrement des classes d’écoles secondaires pour raconter son parcours de comédien et déboulonner quelques mythes au sujet de ce métier convoité. Ses multiples efforts sont pour lui doublement satisfaisants. «Non seulement on fait du bien, mais on fait du bien chez nous!» lance-t-il emballé. Avec une telle feuille de route, Patrice Bélanger donne un sérieux coup de pouce à la jeunesse outaouaise.





Sylvie Guilbault • Mont-Royal, Montréal

ELLE PROTÈGE...

De son propre aveu, Sylvie Guilbault a une âme de missionnaire. Une disposition indispensable pour mener le combat épique qu’elle livre depuis 15 ans comme directrice générale des Amis de la montagne : sauver le mont Royal des outrages que l’Homme lui fait subir depuis 300 ans. «Quelqu’un de moins batailleur ou de moins passionné aurait laissé tomber depuis longtemps, déclare Daniel Leblanc, codirecteur du Centre de la montagne. On connaît beaucoup de revers : les projets ne se font pas toujours comme on le voudrait ou au rythme que l’on souhaiterait.» Il cite en exemple la création d’une table de concertation pour la montagne qui a mis plusieurs années à se concrétiser.

L’organisme que Sylvie Guilbault dirige est le dernier d’une longue liste d’organisations citoyennes qui se sont portées à la défense du mont Royal depuis 150 ans. C’est à la demande des Montréalais, horrifiés par les coupes à blanc effectuées par le propriétaire d’un terrain dans l’axe de la rue Peel, que le parc est créé en 1876. À l’époque, les élus avaient démontré une vision remarquable en embauchant Frederick Law Olmsted, architecte paysagiste du Central Park de New York, pour en dessiner les plans. «Pour les Montréalais, la montagne, c’est le poumon de la ville. Quand ils en parlent, ils évoquent les visites en famille de leur enfance, le fait qu’ils y emmènent maintenant leurs enfants ou leurs petits-enfants. Elle est fondamentalement associée à leur vie», raconte cette grande amoureuse du mont Royal, urbaniste de formation. Les Amis existent d’ailleurs depuis 20 ans uniquement grâce à des dons de citoyens et de partenaires privés, sans aucune subvention.

Malgré tout, les initiatives menaçant l’intégrité du joyau vert de Montréal sont légion et ses parties encore exploitables sont reluquées par des promoteurs de tout acabit. Même le splendide cimetière Notre-Dame-des-Neiges n’est pas à l’abri, comme le prouve un projet de construction d’un mausolée gigantesque.

Pour cette originaire de Drummondville, l’objectif n’est pas de mettre la montagne sous une cloche de verre, mais plutôt de lui assurer un développement intelligent. À cet effet, elle a consacré beaucoup d’énergie au cours des dernières années à faire du mont Royal un arrondissement naturel et historique. Mise en branle en 2002 par le gouvernement péquiste, la procédure a finalement été officialisée en mars dernier. «Ça veut dire concrètement que tous les projets présentés pour la montagne doivent être approuvés par la ministre de la Culture», explique-t-elle. Quelques dossiers, tel un projet de condos «surdimensionnés et de mauvaise qualité architecturale» avenue Cedar, sont actuellement entre les mains de la ministre.

Jean D’Amour • Rivière-du-Loup, Bas-St-Laurent

IL MÉTAMORPHOSE...

«Ça fait longtemps qu’il n’y a pas eu une effervescence économique à Rivière-du-Loup comme celle qu’on connaît depuis les cinq dernières années», lance d’emblée Marco Roy, comptable agréé chez Sirois-Levesque et membre de la CITÉ, un réseau de gens d’affaires de cette municipalité.

Ces cinq dernières années correspondent en bonne partie au «règne» du maire de l’endroit, Jean D’Amour, qui, étonnamment pour un politicien, jouit d’une grande admiration dans sa ville. «Savez-vous ce que j’aime le moins dans ma job de maire? Ma job de maire! Il n’y a rien de plus triste qu’un tuyau d’aqueduc ou d’égout… Ce qui m’intéresse, c’est le développement.» Ainsi, pour l’«occupant» de l’hôtel de ville, pas question d’administrer sa municipalité à la petite semaine. Le politicien de 41 ans a une vision et un objectif bien clairs : faire de sa ville la plus belle du Québec, celle où il est le plus agréable de vivre.

Développement. L’ancien journaliste le décline sous toutes ses variantes : économique, durable, social, humain. «Le développement économique pour le développement économique, soutient-il, ça ne veut rien dire.» Pour attirer des investisseurs et des nouveaux travailleurs, il faut miser sur la qualité de vie et les services d’une municipalité. C’est du moins le pari qu’il a pris en entrant à la mairie en 1999. Un pari largement remporté, puisque son administration, maintenant dans le dernier droit de son premier mandat, cumule les bonnes initiatives et les réussites.

Pas moins d’une trentaine d’usines se sont implantées dans la région au cours des trois dernières années et la ville se trouve en situation de plein emploi. Les habitations se construisent et se vendent à un rythme effarant tandis qu’un comité d’accueil s’assure que les nouveaux Louperivois s’intègrent facilement dans leur ville d’adoption. Et grâce à sa politique du patrimoine, la première au Québec, Rivière-du-Loup a mérité le titre de Capitale culturelle du Canada en 2003. Celui de Ville de l’année au Québec a suivi en 2004.

Signe que son travail est apprécié, le Centre des dirigeants d’entreprises de Rivière-du-Loup remettait au maire le titre de Dirigeant de l’année, en juin dernier, pour une troisième année consécutive. «Je ne peux pas dire qu’on entend beaucoup de commentaires négatifs à son endroit, ajoute Marco Roy. Je serais bien surpris que quelqu’un se présente contre lui aux élections de novembre prochain. À mon avis, il sera réélu sans opposition.»

Adversaire ou pas, Jean D’Amour sera présent au rendez-vous électoral cet automne. Le maire avoue avoir peur du mandat de trop – «celui où on est porté à se reposer sur ses lauriers avec le sentiment du devoir accompli» –, mais visiblement, il n’en est pas encore là!


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