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Vie au travail
Michel Labrecque sur la congestion routière

Le tire-bouchon

Pour Michel Labrecque, président du conseil d’administration du Conseil de l’environnement de Montréal, rien ne sert de se presser, ça n’avance plus!

par Éric Grenier


Magazine Jobboom
Vol. 6 no. 6 juin 2005


Les problèmes de circulation et de congestion routières continueront à donner du fil à retordre aux travailleurs, matin et soir. Il y aurait trop d’autoroutes au Québec! Un paradoxe, parmi tant d’autres, du merveilleux monde de l’Homme et de son char. Les explications de celui qui tire sur les bouchons.

Est-il plus difficile de se déplacer pour le travail aujourd’hui qu’il y a 20 ans?
Il y a eu des périodes avant les années 60 où il était déjà très difficile de circuler en ville pour aller au travail. C’était avant que ne soient construites les autoroutes. Par la suite, on roulait de manière plus fluide. Mais l’étalement urbain a commencé et s’est progressivement intensifié. Au même moment, les gens ont commencé à cumuler les voitures devant la maison, et l’apparition de la livraison juste-à-temps dans l’industrie du camionnage a contribué à multiplier des camions sur nos routes. Maintenant, notre réseau est paralysé.

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Au même moment, est-ce que l’offre de transport en commun a suivi la demande?
Il n’y a eu rien de neuf depuis 30 ans, hormis les trains de banlieue qui sont mis en place depuis 10 ans. Le métro date de près de 40 ans, ce qui va demander des investissements considérables. Il n’y a pas eu l’ajout de tramways ou de trolleybus, comme ç’a été le cas ces dernières années dans plusieurs grandes villes nord-américaines.

Qui sont les responsables de cet engorgement? Les travailleurs ou les gouvernements?
Les citoyens sont victimes de leurs propres choix. Ils vont s’établir loin du centre des villes parce que les terrains ne coûtent pas cher, que construire n’est pas coûteux et que les taxes municipales sont basses… Au début, ils prennent des petites routes, ça va, ils sont seuls. Plus tard, ils se rendent compte que tout le monde a fait comme eux et qu’il y a congestion. Ils exigent alors qu’on leur construise une autoroute. On la construit, ce qui incite de nouvelles personnes à aller s’installer plus loin encore… et de congestionner les routes davantage.

Il est pourtant tout à fait légitime de s’installer en banlieue, tout le monde ne peut habiter Montréal ou Québec?
Ce n’est pas vrai. Aucune société, sauf la nôtre, ne laisse n’importe qui s’installer n’importe où. Même aux États-Unis, des règlements de zonage protègent des terres agricoles, des forêts, des parcs, des rivières. Elles essaient d’orienter et de gérer la demande pour le déplacement urbain. On trace une ligne qui dit là s’arrête la ville et là commence la campagne. La grande région de Montréal vit une stagnation de sa population, mais le territoire urbain s’agrandit sans arrêt. On se retrouve avec des zones urbaines à faible densité où le seul moyen de transport efficace est l’automobile. Ailleurs, souvent, on concentre le développement résidentiel autour de pôles périurbains ou autour des infrastructures de transport collectif.

Les problèmes de mobilité des travailleurs n’apparaissent pas comme une mission naturelle de l’entreprise.

La lutte aux bouchons n’est-elle pas perdue d’avance? À partir du moment où vous libérez de l’espace sur une route, n’y aura-t-il pas toujours quelqu’un d’autre le lendemain pour l’occuper?
C’est une règle incontournable! Quand vous donnez du temps aux gens, ils prennent de la distance. Si se rendre de Mascouche à Montréal prend 30 minutes avant la construction d’une autoroute, et qu’après, ça n’en prend plus que 15, les gens vont aller s’installer plus loin. Ce qu’ils recherchaient en s’installant là – le calme, la nature et les petits oiseaux –, ils l’ont perdu. Ils se lèvent un matin et se demandent : c’est qui tout ce monde-là sur la route? Ils vont alors s’établir plus loin.

Comment qualifieriez-vous le rôle joué par les employeurs pour aider les travailleurs à se rendre au travail?
Les employeurs ne donnent pas assez de flexibilité dans les horaires des employés. Elle permettrait notamment de diminuer les coûts du transport en commun parce que la période de pointe serait moins importante. On aurait donc besoin de moins d’autobus, et on rentabiliserait plus facilement les différents itinéraires les autres heures du jour. Les employeurs devraient aussi permettre plus de télétravail, favoriser le covoiturage et récompenser les travailleurs qui viennent en vélo ou en transport en commun, etc.


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