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Les employeurs sont-ils peu enclins à le faire?
Seules quelques rares entreprises adoptent de telles mesures. L’entreprise cherche d’abord la bonne gestion, les profits, et à faire de la recherche et développement si elle ne veut pas mourir. Une fois qu’elle a fait tout ça et payé ses taxes et impôts, elle considère en avoir fait suffisamment pour la société. Les problèmes de mobilité de ses travailleurs ne lui apparaissent pas comme une mission naturelle. Mais quand ça lui coûte de plus en plus cher pour créer de nouvelles places de stationnement, que ses employés sont en retard à cause des congestions, elle s’en mêle. Pratt & Whitney l’a fait il y a 30 ans avec un programme de covoiturage, Bombardier aussi.
Quel moyen de transport demeure le plus efficace pour aller travailler?
Dans un rayon de cinq kilomètres du travail, et où le relief est relativement plat comme dans la plupart des villes du Québec, c’est le vélo, huit mois par année. Il est peu exigeant, physiquement comme financièrement, et c’est le plus rapide : plus que le taxi, le transport en commun, l’auto en solo, etc. Entre cinq et huit kilomètres, c’est le taxi. Il est plus cher que le vélo, mais moins que l’auto en solo, et il permet de vous mener là où vous le voulez, quand vous le voulez, sans le souci du stationnement. Au-delà de huit kilomètres, c’est l’automobile personnelle, sans conteste.
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Et le transport en commun?
Il arrive malheureusement au dernier rang. Les arrêts, les jumelages d’horaires, les changements de mode – du train au métro, du métro à l’autobus – ne le rendent pas du tout concurrentiel quant à la rapidité et à l’efficacité, contre le vélo et le taxi sur de courtes distances, et contre l’automobile, sur de longues distances. Quand on dépasse un rayon de huit kilomètres du travail, il n’y a que l’auto, parce que ça veut dire qu’on habite dans des zones urbaines dispersées. On ne peut imaginer faire du transport en commun dans chaque petit bout de rue pour une seule personne. Ce serait inefficace et inutilement coûteux.
Je vous sais un fervent défenseur du transport en commun, mais je vous demande quand même de faire l’avocat du diable : pour quelles raisons valables devrais-je éviter de prendre le transport en commun pour aller au travail?
C’est l’heure de pointe et les wagons sont pleins. C’est le problème du prolongement de la ligne de métro orange à Laval. C’était déjà la ligne la plus achalandée, et on y ajoute trois autres stations en amont. Vous essaierez d’entrer à la station Mont-Royal à l’heure de pointe! Si vous êtes dans des diagonales, c’est-à-dire quand vous devez prendre un bus, un métro, puis un autre bus, vous multipliez les temps d’attente. Prendre le transport en commun pour les tâches multiples, comme à partir du bureau, aller chercher les petits à la garderie, faire les emplettes, passer au bureau de poste, ça ne se fait pas.
Ces difficultés sont-elles la nature même du transport en commun ou est-ce particulier au Québec?
Notre réseau de transport en commun est bien planifié, mais il a 40 ans! Quelques milliards de dollars devraient y être investis pour le moderniser, y ajouter des tramways, des voies réservées permanentes, des lignes de trains, pour faire un lien direct avec l’aéroport Montréal-Trudeau, etc. La génération de mon père a construit le Québec moderne : les villes, les réseaux d’aqueduc, les polyvalentes, les autoroutes, le métro… Puis il y a eu le Stade olympique et Mirabel. Tout s’est arrêté. On est paralysé par ces deux éléphants blancs. Toronto et Vancouver font construire un lien entre le centre-ville et l’aéroport. Ici, on manque d’ambition. On n’a aucun projet de TGV, alors que le Maroc en a un! Nous mettons des milliards par année dans nos autos et nos autoroutes, alors que nous ne produisons ni automobile ni pétrole. Mais nous avons un fleuron du transport en commun, qui est Bombardier, et qui met en vitrine ses innovations à l’étranger! Dans les 10 prochaines années, il faudrait dépenser de 5 à 10 milliards de dollars dans des systèmes de transport en commun rapides, confortables et efficaces. Ils faciliteraient la vie des travailleurs, réduiraient les gaz à effet de serre, permettraient de faire de la recherche et du développement. C’est un effort industriel colossal qui donnerait un sérieux coup de pouce à l’économie du Québec.
Pour finir, avez-vous une dent contre l’auto?
Pas du tout. Pour une bonne partie des travailleurs, elle est essentielle parce qu’ils transportent par exemple un coffre à outils, de lourds bagages et qu’ils doivent se déplacer régulièrement dans la journée. Le problème n’est pas la motorisation, c’est la multimotorisation, c’est quand une famille de quatre personnes a quatre voitures dans son entrée! Les projets de transport en commun dont je parle sont beaucoup plus motivants pour une société que de prendre son auto tout seul, payer pour la faire réparer quand elle est brisée et crier au meurtre parce que les autoroutes sont pleines!