Voilà maintenant deux ans que le golden boy de la télé québécoise s’est retiré des ondes.

Une pause consacrée à une quête personnelle et à la réflexion qui permet à Stéphan Bureau de voir la suite de sa carrière non plus comme une fatalité, mais comme un sac à surprises qu’il a hâte de déballer. À la veille de son retour à l’écran, l’ex-chef d’antenne de TVA et de Radio-Canada qui a su tout larguer avec panache nous confie sa vision du travail et la relation qu’il entretient avec lui. En deux mots : c’est le grand amour! Pour le meilleur, et pour le pire…
À quoi vous êtes-vous occupé depuis que vous avez quitté les feux de la rampe en 2003?
À peu de choses du point de vue de ce qui est considéré comme productif dans la société, c’est-à-dire que j’ai peu travaillé. Je me suis consacré à beaucoup de choses qui, pour moi, étaient beaucoup plus productives : j’ai investi dans mon bonheur et dans le temps que je voulais reprendre. Je me suis occupé de ma santé. J’ai voyagé et fait beaucoup de lectures. Et surtout, j’ai passé beaucoup de temps à regarder le plafond. Ce n’est même pas une boutade : j’ai bel et bien passé un temps fou à ne rien faire, à errer et à laisser le temps faire son œuvre. Laisser le temps et la vie à eux-mêmes peut donner des résultats inimaginables. Il y a vraiment un ouvrage sur soi qui se fait quand on ne fait rien.
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Cet exercice du temps sans contingence productive est le plus grand luxe qu’on puisse s’offrir. Le temps est d’ailleurs une des choses qui est la plus dévalorisée dans notre univers. Un emmerdeur entre dans votre bureau, vous lui donnez 10, 20, 30 minutes, et vous ne rouspétez pas. Ce même emmerdeur vous demanderait 10 dollars et vous lui diriez non sur-le-champ. Comment se fait-il qu’on dévalorise son temps à ce point? Du quality time avec ses enfants? C’est un concept aberrant. About just plain time? Toutes les minutes sont égales. Si j’ai juste une minute à consacrer à autrui et que je la qualifie de qualité, c’est un mensonge que je me conte et que je conte à l’autre.
Qu’est-ce qui a déclenché le besoin de quitter le poste le plus en vue et parmi les plus influents dans les médias, à un âge où l’on serait plutôt tenté de consolider ses acquis?
Je n’ai pas subitement décidé de partir. C’était inscrit dans l’ADN de mon projet du Téléjournal et du Point, et mes patrons le savaient : je ne serais pas là éternellement. Lorsque j’ai pris la barre du TJ, le pari était de négocier un virage, de créer quelque chose de nouveau dans la continuité de la tradition des téléjournaux. Une commande stimulante, mais à laquelle je n’ai jamais associé de projet de vie. Je savais que dans un horizon de quatre à six ans, je passerais à autre chose. Ce qui a été difficile de choisir, c’est le moment. Après cinq ans, de mon point de vue, l’équipe avait accompli quelque chose. On avait fait ce qu’on avait dit, pour le meilleur et pour le pire. Je savais que si je poussais beaucoup plus loin, j’aurais de moins en moins le courage et l’énergie pour y mettre un terme. Un confort se serait installé, et je n’aurais pas su me secouer. Le plus difficile a été d’assumer la rupture avec mon équipe, avec laquelle j’étais très lié.
Quelle a été la réaction de votre entourage sur votre décision de quitter le TJ? A-t-on tenté de vous en dissuader ou vous a-t-on encouragé?
Mon entourage me connaît suffisamment, il n’y a donc eu aucune surprise. Ce n’était pas la première fois que je quittais un job. J’avais quitté le poste de chef d’antenne à TVA quelques années plus tôt, dans des circonstances similaires, pour d’autres raisons par ailleurs, où, là, j’avais senti le besoin de renouer avec les affaires publiques. Dans la vingtaine, j’avais aussi quitté Télé-Québec (il animait l’émission de grandes entrevues intitulée Contact). J’avais alors un très beau job, à la hauteur de mes vingt ans, mais j’ai choisi de tenter de nouvelles expériences comme reporter à Washington pour le compte de TVA et de La Presse. Je n’avais jamais été journaliste pour une salle de nouvelles. Dans ma mythologie personnelle – elle importe peu pour le reste de l’humanité –, c’est l’affaire la plus riche et payante que j’aie faite de ma vie. Il faut avoir cette sagesse de choisir ce qui est le mieux pour soi.
Ces départs m’ont exposé à des choses qui me faisaient peur – écrire pour un journal, ce que je n’avais jamais fait, par exemple – mais les satisfactions et la confiance que j’en ai retirées! Ces ruptures m’ont permis de prendre la mesure de la liberté dont nous jouissons. Exercer son libre-arbitre et dire «Wow! Je peux changer ma vie, ça ne dépend que de moi.»
Quel bilan faites-vous de votre période d’arrêt?
Il est encore approximatif, mais je peux dire qu’il est extraordinairement positif. C’est le plus beau cadeau et le plus grand investissement que je me sois offerts. J’en sors énergisé, plus affiné dans mes stratégies. Ma vision de là où je veux aller dans ma vie est beaucoup plus claire. Je me suis peut-être ajouté plusieurs années de vie professionnelle, beaucoup plus en tout cas que les deux que j’ai passées à ne rien faire. Parce que je me suis donné les moyens de repartir presque à neuf.
Avez-vous déjà eu un plan de carrière?
Jamais! Mais j’ai eu de l’ambition.