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Vie au travail
Recyclage en milieu de travail

Faire son bac

Bon nombre d’entreprises se mettent au recyclage, et la plupart y gagnent financièrement : elles paient moins cher pour enfouir leurs déchets. Le plus difficile? Convaincre les employés de ne pas tout balancer dans la même poubelle!

par Anick Perreault-Labelle


Magazine Jobboom
Vol. 6 no. 3 mars 2005


Chez Komatsu, un fabricant de chargeuses à benne, les employés obtiennent gratuitement les palettes de bois qui servent à l’emballage des marchandises qu’ils reçoivent et qui finissaient autrefois dans les ordures. «Ils utilisent le bois pour se chauffer ou pour fabriquer des terrasses et des cabanes à outils», explique Sylvie Ratelle, administratrice de systèmes ISO, en montrant des photos de ces petites constructions.

Quand elle a instauré en 2000 le recyclage dans cette entreprise de Candiac, en banlieue de Montréal, ses collègues à la direction ont bien rigolé. On lui disait que les employés n’embarqueraient jamais. Pourtant, les mauvaises langues avaient tort : en 2003, trois ans après avoir été initiés au bac vert, les 250 employés ont envoyé 82 % moins de déchets au dépotoir. Et la direction a économisé 40 % sur sa gestion des déchets non dangereux, comme le carton, le papier et le bois, dès 2001.

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En effet, les dépenses pour l’enfouissement ont diminué tandis que la vente du papier ou du carton aux recycleurs rapporte des dividendes. «Et je ne compte plus le nombre d’ouvriers qui m’ont dit avoir commencé à recycler à la maison depuis qu’ils le faisaient au travail», ajoute Sylvie Ratelle.

Maintenant, Komatsu donne une deuxième vie à treize déchets différents, dont le papier, les huiles usées, le plastique, les néons et le matériel informatique. Dans l’usine, pour que tous se rappellent quoi mettre dans quel bac, un grand panneau en liège affiche des échantillons des matières recyclables.

Tout cela n’est qu’un début : le siège social, au Japon, souhaite récupérer ou réutiliser pas moins de 99 % de ses déchets d’ici à 2008. «Ils n’ont pas le choix : il y a peu d’espace là-bas et il en manquera bientôt pour enfouir les ordures», explique Sylvie Ratelle.

Guerre aux sacs verts

Qu’ils aient de l’espace ou non, tous les pays se mettent à la récup. Au Québec, le siège social de la Banque Nationale, qui a lancé son programme Virage vert en 1992, a fait figure d’éclaireur. Les industries, commerces et institutions (ICI) emboîtent tranquillement le pas.

Chez Komatsu, les travailleurs reçoivent une formation d’une trentaine de minutes chaque fois qu’une nouvelle matière s’ajoute au programme de recyclage afin qu’ils saisissent l’objectif de la démarche.

En 2002, selon le Bilan de la gestion des matières résiduelles au Québec, de Recyc-Québec, les ICI ont récupéré 57 % de leurs matières recyclables, soit 12 % de plus qu’en 2000 et 39 % de mieux qu’en 1996. Impressionnant? Certes. Toutefois, les objectifs fixés par La Politique québécoise de gestion des matières résiduelles 1998-2008 du gouvernement ne sont toujours pas atteints. Celle-ci établit notamment que, d’ici à 2008, les ICI devraient recycler 95 % de leurs métaux et verre, 70 % de leurs plastiques, fibres et bois, et 60 % de leurs matières biodégradables.

Pour encourager les troupes, la société d’État Recyc-Québec a créé en 2003 l’attestation ICI on recycle!, qui honore les ICI qui remplissent au moins trois de ces objectifs. Vingt d’entre eux ont depuis reçu l’attestation, dont Komatsu, IBM Canada, le marché Bellevue-IGA, Produits Johnson & Johnson, l’hôtel de ville de Chelsea et le siège social de Provigo.

Les PME sont aussi nombreuses que les multinationales à avoir obtenu l’attestation, mais dans l’ensemble, elles recyclent moins que la grande entreprise. Les grosses boîtes, en effet, ont davantage intérêt à élaborer un «plan vert», car elles génèrent beaucoup plus de déchets. En outre, elles disposent d’un nombre supérieur de ressources humaines et financières à consacrer au dossier. Enfin, parce qu’elles génèrent souvent des résidus dangereux, plusieurs sont déjà en contact avec le ministère de l’Environnement, ce qui leur donne accès à de l’information pertinente et à jour. Par exemple, selon Recyc-Québec, une majorité de PME ignore son existence!

Ceci dit, ce ne sont pas toutes les PME qui balancent toujours leurs ordures dans la benne plutôt que dans le bac. Brasseurs du Nord, le manufacturier des bières Boréale qui compte 75 employés, n’a pas demandé l’attestation ICI on recycle!. Il récupère cependant le verre, le carton, le papier et la drèche, un résidu de fabrication de l’alcool. «Ma famille apportait déjà le verre et le carton chez le récupérateur il y a une 35 ans», raconte la présidente de cette microbrasserie, Laura Urtnowski. Cet héritage écologique coûte cher à l’entrepreneure. «Certes, je dépense moins pour enfouir mes déchets, mais je dois payer pour qu’on vienne chercher mon papier, dit-elle. Heureusement, je peux me le permettre parce que notre compagnie est privée et n’a pas à se soumettre aux exigences financières des actionnaires!»

«Un récupérateur va se déplacer, voire payer, pour obtenir un grand volume de matières résiduelles; il ne le fera pas pour le petit bac qu’une PME a mis cinq jours à remplir», explique Frédérik Richard, vice-président secteur matières résiduelles à Réseau environnement et président de la compagnie NI environnement, un recycleur de matières plastiques.

La solution : que les petites entreprises mettent leurs bacs en commun pour rendre l’opération financièrement viable et intéresser les récupérateurs.


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