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Nous passons plus de temps avec eux qu’avec notre famille ou nos amis. Le malheur, c’est qu’on ne les a pas choisis. Emmerdeurs, tapageurs, paresseux, mémères ou téteux de boss : en les côtoyant, on a parfois l’impression d’être au purgatoire. Comment composer avec nos collègues de travail?

Julien (nom fictif) a intérêt à apprécier ses collègues de travail. Jointeur souterrain – il entretient des lignes électriques dans le sol –, il bosse avec quatre gars pendant 12 heures d’affilée, tout en étant prisonnier d’un environnement sale, sombre, humide et enfumé. C’est ce qu’on appelle de la cohabitation extrême!
Parfois, c’est carrément l’enfer, raconte-t-il. «Quand j’ai débuté dans le métier, le fun des plus vieux était de taper sur la tête des plus jeunes en les harcelant ou en les insultant. Ils disaient : “On va avoir son moral!” Et lorsqu’une personne se fâchait ou pleurait, ils se félicitaient. Avec le temps, on se fait une carapace.»
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Pour le commun des travailleurs, ce sont souvent les petits travers de nos partenaires de 9 à 5 qui nous hérissent les poils. Certains ont une hygiène douteuse, d’autres sont bordéliques ou tapageurs. Sans parler de ceux qui répandent leurs goûts musicaux, jacassent sans cesse au téléphone, décrivent leurs problèmes digestifs ou prennent leurs messages en mains libres.
Une chargée de projet que nous nommerons Diane, par exemple, n’est plus capable de supporter deux collègues qui passent leur temps à placoter au téléphone. «Le premier est très efficace dans tout ce qui ne concerne pas la job : les rénovations de sa maison, son implication dans le party de Noël, le compte rendu des émissions de télé-réalité…» Avec la deuxième, elle s’abstient de prendre de ses nouvelles car… «J’ai peur d’écouter pour la énième fois l’histoire de son père mourant, de sa fille enceinte ou de son fils qui ne se ramasse pas!»
Pas facile de vivre 40 heures par semaine avec des collègues qui nous emmerdent, remarque Anne Geneviève Girard, psychologue industrielle et conseillère en ressources humaines au sein de la firme qui porte son nom. «Dans la vie privée, on choisit les gens qui nous entourent. Lorsque ça va mal, on peut aller marcher ou carrément mettre fin à une relation, ce qui est souvent impossible au travail. Nous devons tolérer les goûts, les habitudes et les travers des autres.»
Au cours de sa carrière de professeur en psychologie à l’Université de Montréal, Jean Morval s’est longuement intéressé aux environnements de travail et à la promiscuité qu’ils génèrent. Son constat? L’intimité n’est pas possible au boulot, encore moins dans les environnements où l’on entasse les gens pour rentabiliser l’espace. «Au travail, les espaces privés et publics sont soudés. Dans la vie courante, on cherche parfois à entrer le plus possible en contact avec autrui tandis qu’à d’autres moments, on éprouve le besoin d’être seul. La vie privée permet cette régulation de l’intimité, mais pas le travail.»
Chantal (nom fictif), ergothérapeute en milieu hospitalier, connaît l’enfer de cette proche cohabitation. Elle partage son espace de travail avec une dizaine de personnes dans un local dépourvu de séparateurs : alors que les bureaux sont collés «comme à la petite école», dit-elle, une de ses collègues agit comme si elle était seule. «Elle parle fort au téléphone, claque les portes, va et vient sans respecter notre silence. On est tellement bien les jours où elle n’est pas là!»
Directrice des services professionnels à la Société Pierre Boucher, une firme de psychologie industrielle, Louise Beaudoin convient que nos différences peuvent conduire à des différends. «Bien souvent, nous ne sommes même pas conscients que nos comportements peuvent déranger les autres. Mais ils provoquent des tensions et ils ont le potentiel de mener à des conflits.»
Mais comment composer avec ceux qui nous pompent l’air? Fuyez-les comme la peste, suggère Jean Morval. «Certains sont emmerdeurs par définition. Ils vont tout faire pour brasser la cabane ou trouver le truc qui vous énervera. Ceux-là, il faut les détecter, les éviter gentiment et limiter les interactions au strict nécessaire. Si, après avoir interagi avec un collègue, vous vous sentez triste et avez l’impression que la vie est moins belle et que vous valez moins, c’est que cette personne vous mine.»
Par malheur, vous ne pouvez éviter les malcommodes? Alors d’autres stratégies s’imposent. L’humour est, par exemple, une arme formidable pour détendre l’atmosphère, croit Anne Geneviève Girard. «J’ai vu des travailleurs se donner des surnoms soulignant le travers de chacun. Par exemple, celui qui passait son temps à “picosser” ses collègues était surnommé affectueusement “le pic”.»