Vie au travail
Employés retardataires

Folles excuses

«Le réveil n’a pas sonné», «Ma voiture est tombée en panne»... Qui n’a jamais dû justifier un banal retard au boulot? En matière d’imagination, certains travailleurs sont doués pour inventer des motifs particulièrement délirants. Entre deux fous rires, des employeurs témoignent.

par Jean-Sébastien Marsan
Illustration : Rémy Simard


Magazine Jobboom
Vol. 5 no. 9 octobre 2004


Le chien avale les clés de la voiture, un barman refuse de laisser partir son client, un hélicoptère atterrit au beau milieu de la rue. Lorsque vient le temps de justifier un retard, les employés en font voir de toutes les couleurs! C’est ce que constate Natacha Tougas, directrice de division du bureau montréalais d’Accountemps, une firme de placement qui effectue régulièrement des sondages auprès de gestionnaires canadiens et américains pour connaître les excuses les plus farfelues invoquées par des employés retardataires.

«Les retards, ça arrive à tout le monde. La plupart du temps, les motifs sont banals», dit-elle. Pourtant, certaines personnes semblent avoir du mal à les assumer et inventent des excuses rocambolesques pour les justifier. Par exemple, un collègue de Natacha Tougas avait argué que le chien de son ancienne belle-mère s’était fait frapper tôt le matin. «On avait bien ri!» raconte-t-elle.

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Dure, la vie

Le magazine Jobboom a lui aussi décidé de mener sa petite enquête maison auprès d’employeurs. Parmi les motifs le plus souvent invoqués pour justifier un retard au travail ou à une réunion, on énonce des mésaventures à la fois sordides et cocasses qui éloignent les employés des vertus de la ponctualité. Et il ne s’agit pas toujours de mensonges!

«Mes gars de garage, ce sont des tough», affirme Daniel Bélisle, propriétaire d’un atelier de réparation automobile de Montréal. Parfois, ils ne rentrent pas le matin parce qu’ils sont au poste de police, en état d’arrestation... Je n’interviens pas auprès des autorités, à moins que ce soit un employé qui m’est vraiment indispensable.»

Par ailleurs, certains employeurs doivent composer avec des salariés que des problèmes conjugaux retenaient à la maison au petit matin. «Ma blonde m’a mordu au bras», a déjà entendu Ravi Gupta, directeur de la fonderie d’aluminium et des ventes de Fabrication Powercast, à Saint-Eustache, qui emploie environ 70 personnes. Mais en voyant le bras de l’employé un peu plus tard, il a constaté que l’excuse était plausible.

D’autres employés maîtrisent l’art de recycler les justifications. «J’ai eu un employé dont la grand-mère est morte au moins dix fois!» jure Pierre Gatien, propriétaire d’une petite entreprise de nettoyage de tapis et de canapés qui porte son nom. Les excuses rocambolesques, c’est «l’histoire de sa vie», ajoute cet entrepreneur de Montréal-Nord, qui ne compte plus les employés apparemment cloués au lit par une forte fièvre mais qu’on voyait se balader en voiture le jour même.

La vérité est un mensonge

Si le doute subsiste sur certains prétextes, d’autres sont carrément farfelus. En les évoquant, certains retardataires s’enfoncent davantage qu’ils ne se justifient! «Un de mes employés m’a déjà dit qu’il ne pouvait pas entrer le matin parce qu’il avait trop mal... aux ovaires!» raconte (en retenant un fou rire) Richard Désy, propriétaire de Hydrolico, un atelier d’usinage de Laval.

Vice-président ventes et marketing des Industries Bonneville, les maisons préfabriquées de Belœil, Dany Bonneville en a entendu des vertes et des pas mûres. «Mais la meilleure excuse, c’est celle d’un employé arrivé une demi-heure en retard et qui m’a dit : “Mais j’étais déjà là!”» Il fallait y penser...

Ravi Gupta se rappelle d’un employé qui lui avait téléphoné un matin pour lui dire qu’un oiseau était entré chez lui par la cheminée et qu’il devait le chasser de sa maison avant de rentrer au travail. «Celle-là, on ne saura jamais si c’était vrai ou pas», confie le gestionnaire.

«J’ai eu un employé dont la grand-mère est morte au moins dix fois!»
— Pierre Gatien, entrepreneur

Quant à Alain Michaud, gérant d’un commerce de nourriture et d’accessoires pour animaux domestiques de Montréal, il affirme sans gêne mentir à son patron, le propriétaire de la boutique. Son chien, la mascotte du magasin qu’il emmène au boulot avec lui, a d’ailleurs le dos très, très large... «J’ai déjà dit que j’étais en retard parce que le chien s’amusait dans le parc avec ses amis. Un autre jour, j’ai raconté qu’il avait la diarrhée...»

La cerise sur le gâteau? «Un des gars de la fonderie s’est présenté à la compagnie, à pied, pour nous dire que sa voiture ne partait pas et qu’il ne viendrait pas travailler ce jour-là, raconte Ravi Gupta. Il était venu puncher sa carte pour nous dire que son char ne partait pas!»


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Résultats



Québec

38,5 %


Situation de l'emploi :
Défavorable

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