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Vie au travail
Le design intérieur au service des travailleurs

Le bon plan

Un environnement de travail plaisant, c’est un espace bien aménagé, où il y a des coins pour se détendre et assez de fenêtres pour tout le monde. De plus en plus, architectes et designers incitent les patrons à tenir compte de la qualité de vie de leurs salariés avant d’approuver les plans de leurs nouveaux édifices.

par Anick Perreault-Labelle
Photos : Stéphane Gougeon


Magazine Jobboom
Vol. 5 no. 9 octobre 2004


Il est difficile pour un employé de se donner au maximum quand l’air qu’il respire dans son lieu de travail ressemble à celui de Mexico, quand le bruit ambiant rappelle un corridor d’école secondaire pendant la pause, et quand l’éclairage est digne d’un Woolco des années 1970. Des bureaux mal conçus peuvent en effet diminuer de 5 à 25 % la productivité des employés.

Mais il y a plus : un mauvais environnement de travail, c’est aussi «des lieux inodores, incolores et sans saveur», résume avec un sourire Pierre Teasdale, un architecte qui s’intéresse aux interactions entre les humains et leur environnement.

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«Il faut proscrire les postes de travail tous pareils, séparés par des cloisons mobiles trop hautes pour s’orienter et éclairés uniformément avec des néons», explique Jacqueline Vischer, professeure en design d’intérieur à l’Université de Montréal et auteure de plusieurs ouvrages sur la question. «Malheureusement, en Amérique du Nord, de 50 à 75 % des employés de bureau travaillent dans ce genre d’environnement», déplore-t-elle.

À l’inverse, un aménagement de bureau idéal offre une variété d’espaces. Au 1250 René-Lévesque, par exemple, un jardin d’hiver accueille les travailleurs à l’entrée : des arbres et une fontaine murale côtoient plusieurs tables et chaises dans un espace haut de plafond et bien éclairé. «J’y descends avec un livre quand je suis très stressée», raconte Isabel Garcia, qui travaille dans l’immeuble depuis 10 ans.

Plus ambitieux, le pavillon J.-Armand-Bombardier de l’Université de Montréal offre huit jardins à ses chercheurs : des espaces à deux étages, donnant une vue extérieure à travers un mur vitré, où on trouve des fauteuils, des tables et un comptoir-cuisine.

Une vie hors des cloisons

Ces nouveaux espaces non officiels dans les lieux de travail inquiéteront peut-être les patrons soucieux de rendement. À tort.

D’abord, les employés se créeront ces lieux de toute façon, dans un cadre de porte ou autour de la machine à café, croit Pierre Teasdale. Les officialiser les rend simplement plus confortables et plus fonctionnels. «Il suffirait parfois d’élargir un peu un lieu de passage et d’y installer une banquette. Et les patrons y gagnent : ces espaces de détente, en permettant aux employés d’échanger des informations de façon informelle, augmentent leur productivité!»

En plus d’un poste où travailler en paix et d’un coin où placoter un brin, un bon aménagement de bureau inclut aussi un endroit où travailler en équipe. Par exemple, le pavillon J.-Armand-Bombardier, inauguré en mai dernier, offre des salles de réunion vitrées, environ deux par étage. Au 1250 René-Lévesque, on trouve des salles de formation ou la foire alimentaire du deuxième. L’important est d’avoir des espaces qui correspondent aux différentes tâches à accomplir dans la journée. «Et surtout, d’avoir le choix de ne pas rester dans son bureau à cloisons», résume Jacqueline Vischer.

Les bureaux bien aménagés ont une autre caractéristique : ils sont inondés de lumière naturelle. Ce n’est pas vraiment le cas au 1250 René-Lévesque, qui est une tour à bureaux plus ou moins classique. Mais sur les étages qu’il occupe, IBM Canada a généralement placé les «simples employés» dans des endroits percés d’une fenêtre et les cadres dans des locaux aveugles. Les premiers, après tout, passent plus de temps à leur poste que les seconds!

«C’est important d’avoir une vue sur la vie, de ne pas être coupée de l’extérieur : c’est reposant et je l’apprécie beaucoup», dit Renée Périgny, installée dans les lumineux bâtiments du Centre CDP Capital, dans le Quartier international. En effet, ce nouveau complexe qui a coûté si cher aux contribuables — 35 % de plus le pied carré que d’autres immeubles semblables — compte un maximum de 50 pieds entre deux sources de lumière naturelle. Le pavillon J.-Armand-Bombardier, consacré aux chimistes, physiciens et ingénieurs, est encore plus clair : en plus des immenses fenêtres donnant sur les jardins intérieurs, il est pourvu d’un atrium qui traverse les cinq étages et est surmonté d’une verrière.

Cet agencement présente aussi l’avantage d’être convivial. «Quand j’arrive à mon bureau, au cinquième étage, je vois si mes étudiants sont là, au quatrième, dit David Ménard, professeur de génie physique. C’est un espace inspirant, qui favorise la communication», résume-t-il. Autant d’éléments qui ont valu au bâtiment, en 2002, un prix d’excellence de Canadian Architect, la plus importante publication consacrée à l’architecture au pays.


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