Vie au travail
Survivre à la fin des vacances

Déprime saisonnière

On est à peine revenu de vacances qu’on rêve déjà aux suivantes. De retour au travail, comment reprendre le collier en douceur?

par Marie-Eve Cousineau


Magazine Jobboom
Vol. 5 no. 7 août 2004


Pour ses 40 ans, Louise, une infirmière en santé et sécurité au travail, a reçu tout un cadeau de la part de son conjoint : un premier voyage en Europe. Paris, Nice, Venise, Rome… Pendant deux semaines, le couple a dormi dans des hôtels quatre étoiles, a bu du bon vin et s’est régalé de spécialités locales. «J’étais sur un high, raconte Louise. J’ai décroché complètement.»

De retour au bureau, Louise n’avait évidemment pas la tête au boulot. Pendant deux semaines, l’infirmière a broyé du noir. «La nuit, je rêvais que j’étais en Europe», dit-elle. En fait, elle souffrait du syndrome postvacances, une période généralement passagère caractérisée par un manque d’enthousiasme face au travail.

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«Le blues du retour de vacances ressemble à celui du dimanche», constate Marie Claude Lamarche, psychologue spécialisée dans le domaine du travail et fondatrice de Lamarche Cabinet-Conseil. «Le week-end est terminé, on revient à la réalité en se disant qu’on en aurait bien pris un de plus! C’est un sentiment normal.»

Cette nostalgie peut durer quelques semaines, d’après Nicolas Chevrier, psychologue du travail chez Services psychologiques Séquoia. «On pense à nos vacances et on se rappelle qu’on était bien», précise-t-il. C’est donc avec un pincement au cœur qu’on retourne au bureau, même si on est reposé et heureux de notre congé. «Plus nos vacances ont été satisfaisantes, plus cela nous permet de revenir au travail avec entrain et aplomb», croit pour sa part la psychologue Marie Claude Sauriol, qui possède son propre cabinet. «Tout cela dans la mesure où on a la chance d’avoir un travail qu’on apprécie.»

Une chance qui n’est pas donnée à tout le monde. La psychologue Marie-Andrée Durocher rapporte que 20 % des gens sont généralement insatisfaits au travail. «Et 60 % des travailleurs sont partiellement heureux, c’est-à-dire qu’ils ont des frustrations à des degrés divers», ajoute-t-elle. Pour certains travailleurs, les vacances et les journées de congé représentent ainsi de véritables bouées de sauvetage auxquelles ils s’accrochent tout au long de l’année. «Ces gens rêvent d’être toujours en vacances, dit Marie-Andrée Durocher. Leur retour au travail est très frustrant.»

Pour ces malheureux, le blues postvacances frôle la déprime. En fait, il est symptomatique d’un malaise ou d’un problème au boulot, comme des conflits avec un collègue ou une surcharge de travail. Quant aux bourreaux de travail ou aux personnes qui occupent un emploi très stressant, ils sont parfois incapables de revenir, indique Marie Claude Lamarche. Habitués de fonctionner sur l’adrénaline, ils s’effondrent carrément lorsqu’ils prennent finalement le temps de s’arrêter.

D’après la psychologue, des vacances assez longues (environ trois semaines) permettent de prendre du recul et de réfléchir, par exemple, à son avenir professionnel. Louise et son conjoint, eux, ont effectué une véritable prise de conscience après leur voyage en Europe. Le couple, ensemble depuis 24 ans, a tout à coup réalisé que de façon générale, il dépensait et consommait beaucoup. «Pourquoi est-ce que cela prend tout cela pour décrocher? se questionne l’infirmière. Quand on étudiait à l’université, on vivait dans un deux-pièces et on était heureux.»

Un retour mollo

Mais comment reprendre le collier quand on est encore en mode «vacances»? D’abord, il ne faut pas s’attendre à soulever des montagnes durant la première journée de travail, voire au cours de la première semaine. «Dans toute situation d’adaptation, il est normal d’avoir une baisse de productivité, remarque Nicolas Chevrier. Lorsqu’on revient de vacances, on est plus détendu.» Dans les semaines qui suivront, les travailleurs seront de toute façon plus productifs — à moins qu’ils se soient épuisés à rénover la maison ou à courir ici et là pendant leur période de repos.

Afin de rentrer en douceur, Nicolas Chevrier conseille de planifier des activités (du sport ou des hobbys), des rencontres ou des soupers entre amis au retour. C’est alors l’occasion de partager les souvenirs de voyage. Prendre le temps de saluer ses collègues et de discuter avec eux est aussi bénéfique, d’après Marie Claude Sauriol. «Plus on travaille dans un milieu où le contact humain est présent, plus cela produit un effet positif sur notre journée et notre bien-être», rappelle-t-elle.


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