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Ils passent deux, trois, même quatre heures par jour dans les bouchons des périodes de pointe. C’est parfois le quart de leur journée! Au nom de quoi subissent-ils l’enfer de la circulation, les usagers à courtoisie variable, les travaux routiers et les aléas de la météo? Rencontres.

Administrateur de systèmes informatiques, le Longueuillois Steve Gélinas avait trouvé un emploi stimulant à Blainville à l’hiver 2000. Mais avec 50 kilomètres à parcourir matin et soir et deux ponts à traverser, la situation est vite devenue pénible. Hormis les retards fréquents (deux heures le jour de l’anniversaire de sa conjointe!), Steve ne supportait plus la perte de liberté. Une réunion finissant plus tôt que prévu? Inutile de partir tout de suite, il était immanquablement retenu dans les embouteillages. Deux ans plus tard, cette situation l’a poussé à chercher un autre emploi. Son nouveau critère? La proximité du lieu de travail.
L’explosion du parc automobile au Québec, notamment dans la grande région de Montréal, n’a pas été suivie par un développement proportionnel des infrastructures routières. Selon Transport Québec, le nombre d’automobiles a augmenté de 30 % au Québec dans les 20 dernières années. Mais la construction du dernier accès à l’île de Montréal date de... mars 1967 : le pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine.
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Conséquence : dans la grande région de Montréal, des bouchons quotidiens paralysent systématiquement la circulation matin et soir. À cela s’ajoutent les surprises de la météo l’hiver et les joies des chantiers de construction l’été, qui pimentent aussi les trajets des automobilistes. Résultat? Il n’est pas rare d’être coincé entre deux pare-chocs pendant de précieuses heures pour franchir 40 kilomètres.
Malgré tout, de nombreuses personnes choisissent de subir ces inconvénients. Bien que la circulation représente pour eux une contrariété quotidienne, ils la considèrent comme un mal nécessaire découlant d’un choix qu’ils assument. C’est le cas de Stéphane Devernal, directeur de comptes pour une entreprise spécialisée en solutions de gestion, qui a récemment quitté Montréal pour Brossard. «Quand on part de Montréal, on sait qu’on va être pris sur les ponts, ce n’est pas une surprise. Évidemment, ça n’empêche pas de détester cela pour autant!»
Pour la conseillère en ressources humaines Ève Brunet, qui franchit matin et soir le pont séparant Brossard de Montréal, le plus difficile est de ne jamais rien pouvoir planifier. Comme elle déteste être en retard, elle arrive régulièrement au travail avant 8 heures et en repart après 18 heures. En fait, dit-elle, «ceux qui profitent le plus de la situation sont les patrons : pour éviter les bouchons, leurs employés sont présents plus longtemps au bureau».
![]() La notaire Nathalie Provost et son conjoint profitent des allers-retours entre le bureau et la maison pour placoter «en amoureux», sans les enfants! |
La notaire Nathalie Provost, une mère de trois enfants qui voyage tous les jours entre Sainte-Julie et Montréal avec son mari, voit les parcours quotidiens comme un moment d’intimité pour le couple. La traversée des ponts leur permet de discuter, sans les enfants, de projets communs ou des activités de la fin de semaine, dit-elle. L’enseignante Lise Bonneau, elle, emprunte tous les jours l’Autoroute 10 entre Granby et Montréal, un trajet qui peut lui prendre 45 minutes... ou beaucoup plus! Mais elle met ce temps à profit en préparant mentalement ses cours et en écoutant les cassettes de techniques de vente qu’elle propose ensuite à ses élèves.