Trouvez un article

Rechercher

Vie au travail
Code vestimentaire

Mettre ses culottes

S'habiller, c’est s’exprimer. Or, les employeurs se donnent rarement la peine de rédiger un code vestimentaire détaillé et plusieurs salariés s’habillent très librement. Peut-être trop.

Par Jean-Sébastien Marsan


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 8 septembre 2006


L’été dernier, Francine Duquet, professeure de sexologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), a sursauté devant la tenue d’une caissière de librairie. «Elle portait un jean à taille basse et un “chandail bedaine”. Son jean était tellement bas que je voyais qu’elle se rase le pubis.» Sur une plage, passe encore, mais dans une librairie...

Depuis les années 1990, la tenue vestimentaire des salariés québécois s’est engagée sur deux pentes glissantes : d’un côté, l’hypersexualisation de l’allure des femmes, de la camisole ultra-décolletée au string visible hors de la micro-jupe ou du pantalon; de l’autre, la mode du casual Friday, née dans les entreprises californiennes en technologies de l’information dans les années 1990, qui s’est ensuite répandue dans plusieurs industries à la semaine longue.

Pub.

Plusieurs employeurs ne supportent plus ce laisser-aller. «Le code vestimentaire redevient doucement formel», déclare Marie-Claude Pelletier, fondatrice et présidente d’une petite entreprise de stylisme personnalisé, Les Effrontés, à Outremont. «Mon entreprise existe depuis sept ans et ces dernières années, je sens beaucoup plus de raffinement chez ma clientèle, formée de gens d’affaires.»

Décrypter les codes

«Avant même qu’on ait eu le temps d’ouvrir la bouche, la tenue vestimentaire livre un premier message», rappelle Chantal Lacasse, conférencière en étiquette des affaires. Au-delà des salariés, c’est l’image de l’employeur qui est en jeu.

La plupart des entreprises possèdent un code vestimentaire, mais il est rarement couché sur papier. Chez SNC-Lavalin, à Montréal, un des plus importants groupes de sociétés d’ingénierie au monde comptant 12 000 employés, seulement deux lignes se consacrent à ce sujet dans le guide des employés : «Votre tenue doit être adaptée à un emploi de bureau et à vos fonctions. Évitez les excentricités vestimentaires ou autres au bureau.»

«Ceux qui commencent un nouvel emploi se posent toujours la question : Qu’est-ce que je vais mettre?»
— Marie-Claude Pelletier, les Effrontés

Au cabinet d’avocats Ogilvy Renault, à Montréal, aucun code vestimentaire n’est écrit, mais une tenue d’affaires décontractée s’impose d’elle-même. C’est-à-dire? «Pour une journée où nous n’avons pas de clients à rencontrer, la cravate et le veston ne sont pas obligatoires», explique Jean-François Gagnon, conseiller en ressources humaines dans ce cabinet. «Les “gougounes”, chez nous, ce n’est pas permis, dit-il. Les jeans, les shorts, les chandails au-dessus du nombril et les jupes courtes n’ont pas leur place dans notre bureau, même lorsqu’on ne rencontre pas de clients.»

Certaines entreprises ignorent tout code vestimentaire. Ubisoft à Montréal en est un bon exemple. Le concepteur de jeux électroniques emploie des gens de style punk ou gothique, habillés tout en noir, des bermuda-camisole-sandales et des veston-cravate, énumère le porte-parole de l’entreprise, Cédric Orvoine. «Et notre PDG porte toujours un jean, une chemise sortie des pantalons, les manches roulées, avec un t-shirt en dessous.»

Que préfèrent les salariés : un code rigide ou flou? Selon Chantal Lacasse, qui a jadis été salariée d’une Caisse populaire Desjardins, la réponse est simple. «Il y avait un code. Je n’avais pas à me casser la tête le matin et me demander comment me vêtir. Ça me simplifiait la vie.»

«Ceux qui commencent un nouvel emploi se posent toujours la question : Qu’est-ce que je vais mettre?, expose Marie-Claude Pelletier. Ils étaient tellement concentrés sur leur entrevue d’embauche qu’ils n’ont pas eu le réflexe de regarder ce que les gens portaient dans le bureau, ou ils n’ont vu que la réceptionniste. Quand il n’y a pas de code ou que c’est plus ou moins défini, il y aura une période d’adaptation pour le travailleur, avec essais et erreurs.»

Les femmes se conforment moins que les hommes aux codes vestimentaires, observe Marie-Claude Pelletier. «Les hommes considèrent l’image comme un outil dans leur carrière, ce qui n’est pas toujours clair pour les femmes. Elles ont l’impression qu’elles baignent là-dedans depuis qu’elles sont petites. Elles sont consommatrices d’émissions de télé et de magazines de mode. Mais la mode et l’image d’entreprise, ce n’est pas exactement la même chose. La mode fait des looks qui se rapprochent plus des 5 à 7 que du 9 à 5.»

Adieu casual Friday?

Il existe souvent un décalage de quelques années entre l’apparition (et la disparition) d’un phénomène de société aux États-Unis et son impact au Québec. «La tenue décontractée du vendredi est out aux États-Unis, mais ici, ce sera encore in pour quelques années», prédit ainsi Ginette Salvas, diplômée de la Washington School of Protocol et présidente de l’École internationale d’étiquette et de protocole, à Montréal.

«Les États-Unis et le Québec se ressemblent beaucoup en affaires, abonde Chantal Lacasse, elle aussi formée à la Washington School of Protocol. Les employeurs deviennent plus stricts sur le plan vestimentaire. Chez la femme, on tente de ramener la jupe, le veston et le chemisier; du côté masculin, le veston et le pantalon.»


guide de survie


À quel point aimez-vous votre travail?








Résultats



Québec

42,8 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

NOS AIGUILLEURS