Vie au travail
Nicole Côté, psychologue, sur l’importance d’être soi-même au boulot

Bas les masques!

Peut-on et devrait-on être soi-même lorsqu’on est au travail? Cette question en apparence anodine est lourde de sens pour Nicole Côté, psychologue-consultante, conférencière et présidente de Psycho-Logic, une firme de gestion des ressources humaines. Ne pas être soi-même, c’est se refuser à s’exprimer, à s’opposer, à se proposer, à s’exposer et à s’affirmer, explique la psychologue. C’est se priver de liberté et d’aisance. C’est aussi priver collègues et patrons de son apport essentiel, ajoute-t-elle.

par Éric Grenier
Photo : Samantha Merlin


Magazine Jobboom
Vol. 3 no. 6
octobre-novembre 2002


De façon générale, qu’est-ce qu’être soi-même dans notre milieu de travail?
En un mot, c’est prendre sa place. Et pas seulement au travail, mais toujours, tout le temps, partout. Sauf exception, personne ne se comporte tout à fait de la même manière à la maison qu’au travail — par exemple, je ne peux pas m’habiller de la même façon au bureau que chez moi. Mais notre rôle au travail doit ressembler le plus possible à notre vraie personnalité. Je ne peux pas être complètement Nicole Côté dans mon rôle de psychologue, mais je dois être une psychologue qui ressemble le plus possible à Nicole Côté.

Être soi-même, c’est aussi agir et penser selon ses valeurs et ses principes. C’est être authentique avec soi et avec les autres, et ne pas avoir peur de se montrer tel qu’on est.

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C’est également une manière de développer son employabilité, ou plutôt sa rareté, de laisser libre cours à ses meilleurs talents, ceux qui font qu’on se démarque des autres, et de se positionner comme un être unique. Quand on est rare, on est désiré sur le marché du travail.

Est-il difficile d’être soi-même dans le marché du travail d’aujourd’hui?
La question ne se pose pas vraiment. Le fait d’être capable ou non d’être soi-même dépend moins de notre environnement de travail et de l’époque à laquelle on vit, que de l’éducation qu’on a reçue. C’est-à-dire que plus l’éducation progresse dans une société, plus elle favorise l’individualisation des personnes. Elle leur apprend à penser et à s’exprimer par elles-mêmes et à développer leurs propres qualités. Cela ne veut pas dire qu’elles deviennent plus égoïstes, mais plutôt qu’elles entrent en relation avec les autres sur une base volontaire. L’éducation progresse dans ce sens, avec le souci de permettre aux individus de développer leurs talents, de découvrir ce qu’ils veulent. C’est pourquoi à l’école, en plus d’enseigner des connaissances, on devrait apprendre aux jeunes à se connaître, à découvrir leurs points forts, leurs points faibles, leurs aptitudes, leurs talents, bref, ce qu’ils ont d’original en eux, et à se faire confiance.

Souvent, les travailleurs ne sont pas eux-mêmes parce qu’ils manquent de confiance en eux. Ils s’accrochent alors à des idées toutes faites, à des stéréotypes.

Quels sont les avantages de demeurer soi-même au travail?

On se donne la liberté de prendre sa place dans sa fonction. Aussi, dire la vérité, être authentique, ça fait avancer les choses. Si vous trouvez qu’il ne se passe pas grand-chose dans vos réunions, dites-le! Des collègues vous seconderont.

Il n’y a pas d’avantage à vous déguiser, parce que rien ne garantit que les collègues vont mieux apprécier votre déguisement que votre vraie personnalité. De toute façon, que vous portiez un masque ou non, il y a des gens, collègues comme patrons, qui auront une perception complètement arrêtée de la manière dont vous devriez vous comporter pour qu’ils vous acceptent. Vous pouvez jouer le jeu et changer votre personnalité pour correspondre à leurs attentes, mais dès ce moment, vous commencez à perdre le contrôle de votre personne.

L’objectif d’être soi-même n’est pas de convaincre les autres du bien-fondé de ses idées. C’est d’échanger les idées. Or, si en réunion on échange sur des idées fausses, on perd notre temps. On voit ça souvent : tout le monde se tait pendant les réunions mais s’active dans les corridors, après. Ce n’est pas constructif du tout!

Y a–t-il des circonstances où il vaut mieux se faire discret et jouer un rôle un peu plus réservé?
En effet, il faut parfois se retenir! Il y a des moments, pour une raison ou une autre, où on ne veut pas être émotif. Être soi-même, ce n’est pas mettre sa personnalité sur la table à la moindre occasion; c’est parfois choisir de se taire. Par exemple, si on ne veut pas être en relation avec un collègue, ou vice versa, ça ne vaut peut-être pas la peine de dépenser de l’énergie à se faire comprendre. Il y a aussi des situations où on ne doit pas imposer ses préférences. Ça s’appelle avoir de la diplomatie et du savoir-vivre! La diplomatie, c’est une forme de raffinement, c’est la capacité d’adapter sa personnalité aux situations.


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