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Elle est toute menue, avec une voix de gamine. Mais les apparences sont trompeuses : Laure Waridel est une véritable battante. À 28 ans, nouvellement maman, la militante de gauche et environnementaliste a côtoyé paysans et indigènes des jungles d’Amérique du Sud, d’Afrique et du Chiapas.

Elle a cofondé l’organisme Équiterre, la «multinationale» du commerce équitable et du développement durable, qui compte plus de 700 points de vente de café équitable au Québec. Elle a rédigé deux ouvrages remarqués sur ces sujets, traduits en anglais, et donne des conférences un peu partout dans le monde. Depuis deux ans, elle a une chronique régulière sur les ondes de la radio de Radio-Canada.
Ce n’est pas tout : elle est aussi chercheuse en commerce équitable à l’Université de Victoria, où elle a été sélectionnée pour le programme Eco Research, Chair of Environment, Law and Policy qui retient seulement deux candidatures par an.
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Nous avons voulu découvrir ce qui fait courir Laure Waridel et ce qui lui donne le goût de sortir des sentiers battus.
Vous avez accompli plus de choses en dix ans que nombre de gens dans toute une vie. Aviez-vous un plan de carrière bien défini dès le départ?
Je savais que je voulais combattre l’exploitation : à la petite école, je me portais toujours à la défense des souffre-douleur. Mais je n’avais aucune idée de la façon dont j’allais procéder. Même aujourd’hui, je ne sais pas comment mon engagement va se poursuivre. Tout ce que je sais, c’est que je vais profiter des occasions; les plans de carrière vous incitent à trop en laisser passer. J’ai plusieurs amis qui ont un plan et qui laissent filer des offres qui ne cadrent pas avec, mais qui pourraient être des révélations s’ils se laissaient tenter. Si j’avais planifié mon cheminement de carrière, peut-être que je n’aurais jamais publié de livres : l’occasion s’est présentée lors d’une rencontre impromptue avec un éditeur pendant le déménagement d’une copine. Je me suis dit «pourquoi pas»!
Lorsque vous entreprenez un projet, pensez-vous à la possibilité d’un échec?
Les gens croient que je suis très confiante, mais je doute de mes capacités et je ne tiens rien pour acquis. Par exemple, je crois au commerce équitable, mais je sais qu’il a ses limites et que rien ne me garantit sa réussite. Mais je n’ai pas peur de l’échec. Si on se laisse trop envahir par cette crainte, on ne va nulle part. Dans nos sociétés, on a peur inutilement de l’échec et de l’engagement. Trop souvent, on se dit même : «C’est trop gros, ça ne marchera pas!»
Qu’est-ce qui vous motive à entreprendre un projet?
L’envie de changer les choses. Je suis peut-être un peu jeune pour dire ça, et ça peut paraître utopique, mais j’ai envie de laisser derrière moi un monde meilleur. Il n’y a pas de mal à être idéaliste! Une société sans idéal est une société morte. Et je crois que si je ne faisais que dénoncer, plutôt que de participer aux solutions, j’atteindrais mon objectif beaucoup plus lentement.
À votre avis, quelle est l’importance de chercher à ouvrir ses horizons?
C’est capital. Ça vous accorde une liberté inégalée. C’est d’autant plus important que la société tend à nous garder dans des ornières. On ne nous montre que les chemins déjà tracés, tandis que hors des sentiers battus, il y a des lieux et des occasions extraordinaires. Mais il faut accepter que notre parcours de vie sera moins facile dans ces chemins de travers. Personne ne vous ouvre la voie; il faut innover plutôt que de simplement copier ce qui a déjà été fait.
Cela dit, il n’est pas nécessaire de partir pour le tiers-monde pour ouvrir ses horizons. Même en demeurant chez soi, on peut s’ouvrir à d’autres perspectives. J’ai plusieurs amis qui n’ont jamais voyagé, mais qui, soit par leurs lectures, soit par des rencontres avec des personnes extérieures à leur milieu, se sont découvert de nouveaux intérêts, comme pour l’environnement, le droit ou la politique.