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Et comment fait-on pour sortir des sentiers battus?
On écoute son cœur! Sérieusement, on n’est pas assez à l’écoute de ses tripes et de ses convictions. Malheureusement, dans le système scolaire, on ne nous enseigne pas ça. On exige dès le secondaire que nous fassions des choix de carrière pour le reste de nos jours, et que nous les fassions surtout en fonction des possibilités d’emploi. Je ne crois pas à cette méthode. Savoir ce qu’on veut faire de sa vie est beaucoup plus important que se soucier de son employabilité. Il faut oser. Moi, au cégep, je me suis inscrite en sciences humaines. Or, il n’y a rien de plus déconseillé par les spécialistes de l’orientation dans les écoles secondaires que d’étudier dans ce domaine! Pourtant, ça m’a permis de découvrir ma voie et de réussir ce que j’ai voulu faire.
Votre slogan est «Acheter, c’est voter». Est-ce qu’on peut dire aussi «Travailler, c’est voter»?
La bataille pour le commerce équitable, c’est aussi une bataille pour le travail équitable! On passe la plus grande partie de notre vie à travailler. On a droit à la dignité au travail, où qu’on soit sur la planète et peu importe notre situation sociale. Dans le café, par exemple, s’il y a une chute des cours mondiaux à la faveur de spéculations, les premières victimes seront les travailleurs mis à pied, ou forcés de vendre leur production à perte s’ils travaillent en coopérative. Faute de pouvoir gagner leur vie, ils désertent leurs villages pour les maquiladoras près de la frontière américaine. Ils travaillent alors dans des conditions de misère absolue.
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Même dans nos sociétés riches, il y a des gens qui ne travaillent pas dans la dignité à laquelle ils ont droit. Ce n’est pas seulement une question de salaire ou de niveau de vie, ce sont aussi les relations humaines en milieu de travail.
Et c’est d’avoir le temps de faire autre chose que de travailler pour un salaire, pour pouvoir s’impliquer dans la société, que ce soit en politique, dans le sport ou les activités populaires de son quartier, dans sa famille. Les entreprises devraient encourager leurs employés à prendre du temps pour participer à la vie en dehors de l’entreprise.
Par ailleurs, dans tous les secteurs professionnels, on peut avoir de l’influence. Qu’on travaille au gouvernement, dans une entreprise ou dans une institution. Même si on se retrouve trop souvent dans de grandes structures bureaucratisées, nous devons faire valoir nos valeurs et notre pensée. Quand nous sommes en désaccord avec certaines pratiques de notre employeur, que ce soit à l’intérieur de la boîte ou dans la société, nous devons le dire!
Que pensez-vous de votre génération?
Je la trouve parfois trop cynique. Elle ne croit pas qu’elle a le pouvoir de faire changer les choses. J’aime pourtant ma génération, et ça me désole d’entendre certains représentants de nos aînés nous dénoncer comme une génération de gâtés pourris, terriblement individualistes et incapables de faire des sacrifices. L’individualisme qu’on nous reproche, nous l’avons appris des autres générations! Les notions de réussite à tout prix, de productivité, elles m’ont été enseignées à l’école primaire et secondaire.
Si nos aînés nous croient plus individualistes qu’eux, c’est peut-être parce que notre engagement social est très différent du leur. Il y a autant de jeunes que de plus vieux qui s’impliquent dans diverses causes. Mais on est conscients de vivre dans une société individualiste, on fait donc davantage la promotion de choix individuels que collectifs. C’est le cas du commerce équitable, où plutôt que d’appeler aux grands rassemblements populaires, comme nos parents l’auraient fait dans les années 1970, on promeut un choix individuel — la consommation — comme moyen d’atteindre une société plus juste.
Où vous voyez-vous dans 20 ans?
C’est difficile à dire, je n’ai pas de plan de carrière! Mais j’aimerais continuer à œuvrer dans le milieu des communications, peut-être en animant une émission de télé à caractère scientifique et environnemental. Pourquoi pas?