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Rien n’est plus simple que de déposer son arrière-train sur une chaise. Pourtant, ce geste mille fois répété contracte à tout coup vertèbres et disques, déformant à la longue la colonne vertébrale. Chaque année en Amérique du Nord, les maux de dos associés à la posture assise coûtent plus de quatre milliards de dollars américains et constituent la deuxième cause d’absentéisme au travail. Mais peut-on vraiment s’asseoir autrement?

Objet symbolique et emblématique, la chaise fait partie de notre quotidien depuis des siècles. Dès les premiers mois de la vie, on nous fait asseoir sur une chaise haute, pour ensuite nous asseoir à un pupitre pendant de longues années. Arrivé à l’âge adulte, c’est la majorité de nos heures d’éveil que nous passons assis, que ce soit pour travailler, manger, lire ou regarder la télé.
Le fait de s’asseoir sur une chaise semble aller de soi. Pourtant, les anthropologues ont dénombré plus de 130 façons différentes de s’asseoir, dont à peine une trentaine nécessite le soutien d’une chaise. Le fait d’utiliser ou non une chaise en dit long sur la culture à laquelle on appartient.
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Louise Masson, spécialiste de l’étiquette, compte parmi ses clients des chefs d’entreprise, des politiciens et des vedettes qui désirent apprendre à serrer des mains, à utiliser des couverts et... à s’asseoir convenablement. Cette Québécoise, qui a entre autres été sous-chef du protocole au ministère des Affaires étrangères du Maroc, rappelle que la chaise ne fait tout simplement pas partie des habitudes de vie des communautés arabes. «Tout se passe assis par terre, sur des coussins ou des divans bas; les repas, les rencontres importantes. Bien sûr, on peut parfois utiliser des chaises, mais ce n’est pas du tout dans la tradition.»
Même chose dans les pays asiatiques où, selon la tradition, on mange et on fait certains travaux agenouillé, une position qui constituerait une véritable torture pour la majorité des Occidentaux. Les cultures asiatiques et moyen-orientales regorgent d’exemples de postures assises, pour la plupart des variations de la très célèbre «position du lotus», généralement associées à diverses formes de méditation.
Au Japon, l’absence de chaise a même un effet sur l’architecture et l’aménagement. Ainsi, les habitations traditionnelles japonaises sont conçues et pensées entièrement à partir du point de vue d’une personne agenouillée au sol. Les meubles sont bas, les ouvertures des fenêtres vont jusqu’au sol, et les vêtements permettent de rester dans cette position confortablement.
Cependant, si le fait de s’asseoir au sol semble plus «naturel», il entraîne tout de même son lot de problèmes. Les maux de dos des Occidentaux sont remplacés par les maux de genoux des Asiatiques.
Dans son ouvrage, paru en 1998, elle préconise ce que certains appellent «sitting in movement». «Nous devrions avoir la possibilité, dans nos espaces de travail, de modifier notre posture au fil de la journée. Pour éviter les problèmes physiques reliés à l’utilisation de la chaise (maux de dos, fatigue, problèmes digestifs et circulatoires), il faudrait pouvoir travailler couché, assis ou encore debout, selon la tâche à accomplir. Et tout cela, à l’intérieur du même bureau.»
À son avis, la solution réside peut-être en une chaise danoise, dénommée Capisco. On ne s’assoit pas sur Capisco, on s’y perche. «En fait, cette chaise nous permet d’être exactement à mi-chemin entre la position assise et la position debout, explique Galen Cranz. Et contrairement aux chaises sans appui dorsal sur lesquelles on s’agenouille, il n’y a pas de déplacement de la pression vers les genoux ou vers d’autres articulations.»
Une fois perché sur cette chaise, les jambes forment un angle ouvert (de 135° par rapport à la taille, plutôt que 90° avec une chaise standard), ce qui est beaucoup moins exigeant pour le corps. Mais encore là, soutient-elle, le secret est dans le mouvement. La meilleure chose à faire avec une chaise, c’est finalement de ne pas s’y asseoir! Cette intellectuelle, qui ne dispose que de deux chaises traditionnelles dans sa maison, n’est toutefois pas en guerre contre la chaise. «Après tout, elle est la quintessence du meuble. Il s’en dégage même une forme d’anthropomorphisme : que l’on pense seulement au “dos” de la chaise, aux “pieds” et aux “bras”; tout cela est très près du corps humain…»
Au-delà de l’ergonomie et du confort, la façon de s’asseoir est aussi liée au statut social, à l’image que l’on veut projeter, rappelle Galen Cranz. N’est-ce pas littéralement pour «s’élever du sol», et imiter ainsi les rois, juchés sur le trône, que nous avons commencé à nous asseoir sur des chaises il y a quelques siècles?
Selon Louise Masson, la position assise est extrêmement révélatrice : «Alors qu’ici certains hommes n’hésitent pas à vous montrer leurs semelles en posant les pieds sur leur bureau, une chose pareille serait inadmissible en Asie. Je dirais qu’en général, les Nord-Américains ne savent pas s’asseoir, alors que c’est extrêmement important. La position assise, lorsque bien faite, peut dégager une aura d’autorité et de respectabilité. En fait, conclut-elle, c’est assis que l’on reconnaît les grands.»