Vie au travail
La sieste

Un besoin qui sommeille en nous

Véritable institution dans les chaudes contrées, la sieste gagne des adeptes en Amérique du Nord. Mais est-ce normal de ressentir le besoin de dormir durant la journée? Étendons-nous sur la question.

par Hélène Belzile
Illustration : Gabriel Morrissette


Magazine Jobboom
Vol. 3 no. 2
mars-avril 2002


Le mot sieste, dérivé du latin sexta hora, fait référence à la sixième heure de la journée, soit midi, vers laquelle on s’accorde un moment de repos. La somnolence vous gagne parfois après le dîner? Rassurez-vous. En plus de donner raison à la tradition latine, vous suivez le rythme de votre horloge biologique, selon le Dr Paul L’Espérance, médecin psychiatre à la Clinique du sommeil du Centre hospitalier de l’Université de Montréal.

Le tic tac naturel

«L’être humain connaît généralement une baisse d’énergie entre 14 h et 16 h, explique-t-il. Il est donc normal de sentir, à ce moment, le besoin de dormir.» Citant une étude israélienne sur l’impact du manque de sommeil, il indique que l’on serait également plus enclin à dormir entre 4 h et 6 h du matin. Par contre, entre 18 h et 20 h, on ressentirait moins ce besoin, peu importe notre dette de sommeil.

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Toujours selon le Dr L’Espérance, on peut noter une amélioration du rendement professionnel à la suite d’une sieste. «On remarque alors une attention soutenue, et les gens sont généralement plus alertes mentalement. La sieste a pour effet d’éloigner l’espèce de “brume mentale” qu’une personne peut ressentir lorsqu’elle est en manque de sommeil.» Attention toutefois : on ne recommande pas la sieste à tout le monde. Les gens qui souffrent d’insomnie devraient s’en abstenir, et ce, dans le but de maximiser leur temps de sommeil nocturne.

Une idée à dormir debout!

C’est connu, la siesta de l’après-midi est courante sous les climats chauds. On l’observe aussi en Asie, où les périodes de travail sont particulièrement longues. Chez nos voisins du Sud, des entreprises ont carrément aménagé des «siestariums» pour permettre à leurs employés de retrouver leur vigilance. Même George W. Bush avoue son habitude de faire un somme durant la journée!

Mais la pratique ne semble pas avoir gagné le Québec. Peu nombreuses sont les entreprises d’ici qui offrent à leurs employés la possibilité d’intégrer la sieste à leur travail. Dans les rares établissements où cela est permis, on refuse d’en parler ouvertement, de crainte de projeter une image négative. Au Québec, «on ne dort pas sur la job»… Bien que, si l’on se fie aux réactions des personnes interviewées, l’idée pourrait faire des heureux.

Recharger ses batteries

Des heureux, on en trouve justement chez Verbomoteur, une firme de traduction montréalaise qui compte plus ou moins quatre employés selon les périodes de pointe. «Nous sommes trois associés qui avons lancé cette entreprise en 1998, explique Isabelle Hurteaud, la présidente. Au début de notre projet, nous avons travaillé très fort, et il n’était pas rare que l’un d’entre nous ressente le besoin de faire une sieste durant nos longues journées. Quand nous avons commencé à embaucher, nous nous sommes dit qu’il était naturel de permettre également à nos employés de faire la sieste au travail. Chacun peut donc se reposer dans sa pièce favorite, qui est généralement son bureau.»

«La sieste nous permet de retrouver notre énergie et d’avoir une meilleure concentration.»
— Isabelle Hurteaud, Verbomoteur

Cette politique ne manque pas de surprendre les recrues. «Quand je suis arrivé ici, il y a six mois, on m’a dit : “Voici les dictionnaires et voici ton coussin pour la sieste”, se rappelle avec plaisir François Proulx, traducteur. Il est certain que j’ai sursauté, mais j’ai vite pris l’habitude.» Il admet toutefois ne pas faire la sieste tous les jours.

Les gens de Verbomoteur sont-ils conscients de leur originalité? Isabelle Hurteaud ne connaît aucune autre entreprise où l’on puisse s’assoupir sans faire sourciller. «Je crois que c’est une question de culture, pense-t-elle. Il y a des entreprises qui mettent des fumoirs à la disposition de leurs employés, mais qui ne veulent rien savoir de la sieste durant les heures de travail. Pourtant, ça nous permet de retrouver notre énergie et d’avoir une meilleure concentration — ce qui est important en traduction.»


Quelques mythes

Il ne faut pas confondre besoin de sommeil et fatigue, laquelle est parfois reliée au stress. Pour se détendre, il peut suffire de faire quelques exercices, de penser à autre chose, de manger ou de boire.

La nourriture consommée au dîner peut donner une impression de lourdeur, mais n’a pas d’impact direct reconnu sur la somnolence.


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Résultats



Québec

38,5 %


Situation de l'emploi :
Défavorable

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