Vie au travail

Métro, boulot, Falardeau

Philippe Falardeau est un travailleur acharné. De son propre aveu, c’est à l’huile de bras qu’il a gagné la course Destination monde en 1992.

par Éric Grenier
Photos : PPM


Magazine Jobboom
Vol. 2 no. 3
printemps-été 2001


Pour la réalisation de son premier long métrage, La Moitié gauche du frigo, il a fait une croix sur sa vie sociale pendant une dizaine de mois, afin de se consacrer à un film qui traite... de notre relation tordue avec le travail. Le sacrifice en a valu la peine : son œuvre à petit budget a connu un succès inespéré sur les écrans montréalais à l’automne et à l’hiver derniers, en plus d’avoir été primée à Toronto et à Montréal.

Dans ce film, Philippe Falardeau raconte l’histoire d’un ingénieur à l’orée de la trentaine qui se retrouve sans emploi après avoir quitté volontairement son poste, faute d’intérêt. Son colocataire, militant gauchiste, s’inspire de sa vie pour tourner un documentaire-vérité sur le chômage, une sorte de Survivor économique. Il le filme au bureau de chômage, en entrevue pour des emplois, à l’épicerie, au pawn shop et dans ses moments de déprime.

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Pendant 90 minutes, La Moitié gauche du frigo réclame la liberté de se réaliser en dehors du travail, défend ceux qui mettent leurs idéaux en veilleuse pour survivre économiquement et exige le droit à l’indécision. Pas étonnant quand on sait que son auteur, diplômé en sciences politiques, était lobbyiste à Ottawa avant de tout abandonner pour entreprendre une carrière en cinéma.

Peut-on dire que vous avez tourné un film sur le chômage pour vous donner un emploi?
Non, même pas! Au moment où j’ai entrepris l’écriture du scénario du Frigo, j’avais déjà d’autres projets en tête et il n’était pas impératif que je me trouve un emploi, même si je ne vivais pas richement. Je recevais des offres, que je refusais. Ce qui était assez angoissant, puisque la rédaction d’un scénario, ça ne paie pas! On n’en tire aucun revenu, et il y a des possibilités que ça n’aboutisse jamais si aucun producteur n’en veut. C’était donc un pari, celui de gagner convenablement ma vie en faisant ce que j’aimais le plus. J’aurais pu aller travailler en télévision, ce qui aurait été beaucoup plus payant et rassurant sur le plan financier, mais j’avais le goût de faire du cinéma. Maintenant que le film est terminé, la même question revient : que choisir entre ce que j’aimerais faire et ce que je devrais faire pour gagner ma vie?

Au départ, vous vouliez mettre en lumière les conséquences sociales du chômage. Pourtant, finalement, n’est-ce pas de l’indécision et de notre difficulté à trouver notre voie qu’il est question?
Le chômage est trop souvent abordé de façon théorique. Ce n’est plus qu’une statistique aujourd’hui. Et je voulais éviter de faire un film trop théorique qui n’aurait dénoncé que les effets pécuniaires du chômage. J’ai plutôt abordé les difficultés psychologiques causées par la perte d’emploi. Au chômage, on perd l’estime de soi, on se questionne sur sa capacité à réussir dans la vie.

«C’est triste, parce que la société fait en sorte que le travail qu’on occupe devienne la finalité de notre personne.»

Une fois le film terminé, je me suis rendu compte que je posais des questions beaucoup plus simples, mais très importantes : est-ce que j’aime mon travail? Est-ce que je suis bien dans ce que je fais? Est-ce que j’ai le sentiment de contribuer à quelque chose? Ce sont des questions essentielles, parce que le travail occupe la majeure partie de notre vie.

Dans votre film, vos personnages poussent cette réflexion très loin en se demandant s’ils doivent accepter de travailler pour des multinationales dont les pratiques entreraient en conflit avec leurs valeurs, par exemple des entreprises qui exploitent des travailleurs dans le tiers monde. Dans la réalité, peut-on se questionner à ce point?
Ça dépend. Quand ça va relativement bien dans sa vie, il est facile de refuser un travail ou d’acheter un produit pour des raisons politiques. Mais quand on n’a pas de travail, pas d’argent, que l’on est criblé de dettes et que l’on perd l’estime de soi, est-ce une priorité de se poser ces questions morales? J’en doute. C’est un luxe.


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Québec

38,5 %


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Défavorable

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