Le congé des fêtes approche, et vous courez comme une poule sans tête au bureau. À côté des 18 rapports à finaliser, 400 cartes de Noël destinées à votre réseau professionnel attendent votre inspiration. Cette jolie tradition a-t-elle d’autres buts que de nourrir les bacs de recyclage?

«Chaque année, la même histoire absurde se répète», soupire Éric, cadre dans un ordre professionnel. Dans son organisation, l’opération «cartes de Noël» génère un branle-bas de combat dont il se passerait bien.
D’abord, le choix de la carte. «Il y a deux ans, on a payé une graphiste quelques centaines de dollars pour avoir une image qui représentait mieux notre organisme. Finalement, ça a donné une carte rouge avec des trous dedans…», ironise-t-il.
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Ensuite, il faut établir la longue liste des destinataires et faire la ronde des signatures. Ce qui donne lieu à des jeux politiques et à des calculs intéressés, du genre : est-il approprié d’envoyer une carte à un tel plutôt qu’à l’autre qui occupe une fonction plus élevée dans l’entreprise? Tel collègue doit-il vraiment signer la carte? On est loin de l’esprit de Noël.
Mine de rien, ces tergiversations accaparent une semaine complète, selon les calculs d’Éric, et ce, en pleine période de pointe. «On est tellement débordé que les cartes sont souvent postées à la dernière minute. Résultat : nos clients ne reçoivent nos vœux qu’en revenant de leur congé! Le pire, selon moi, c’est que ce geste n’a pas de réelle portée sur la qualité de nos relations d’affaires.»
«Les entreprises ont intérêt à envoyer des cartes de souhaits à leurs partenaires d’affaires. En recevant vos vœux, des clients peuvent se rappeler qu’ils devaient justement vous appeler pour acheter tel service ou passer une commande. C’est donc un investissement, et non une dépense.»
Il s’agit aussi d’un véhicule publicitaire dont la durée de vie est intéressante, puisque les cartes de souhaits sont souvent placées à la vue de tout le monde pendant environ six semaines. «À deux dollars par carte en moyenne, incluant le timbre, ce n’est pas cher payé pour un tel outil de promotion», remarque Jean-Philippe Caron, associé principal de Noël à la carte. Cette division d’Artifex se spécialise dans la vente de cartes de souhaits d’entreprise créées par des artistes.
Les compagnies sont nombreuses à mesurer les bénéfices d’un «Joyeux temps des fêtes!» bien placé. Le chiffre d’affaires de Noël à la carte ne cesse d’augmenter et la vente de cartes de souhaits aux entreprises génère 20 % des profits. «C’est un secteur en pleine expansion. On fabrique environ 500 000 cartes par année. Certaines entreprises en envoient plus de 10 000 à leurs clients! Si ce n’était pas rentable, elles n’investiraient pas autant dans ce produit.»
Dans certains milieux, notamment dans les firmes de publicité, les cartes de Noël sont une façon d’écraser les concurrents. Pour y arriver, on déploie l’artillerie lourde : chocolats à l’effigie des membres d’une équipe de travail, père Noël sous forme de poupée cartonnée avec vêtements de rechange, slogans efficaces… Ici, pas de photo de la famille du président qui pose devant la cheminée, imprimée sur du papier bon marché.
Le fondateur du site Grenier aux nouvelles, Normand Grenier, en a vu de toutes les couleurs en 14 ans, soit depuis qu’il organise un concours de cartes de Noël auquel boîtes de publicité, de design industriel, de communication et de marketing participent. «Chaque année, on reçoit environ 350 pièces [cartes ou objets], et 40 % d’entre elles ont été conçues par des entreprises à leurs débuts qui veulent se démarquer par leur créativité. La carte de Noël est une vitrine pour eux.»
La plus importante est la personnalisation. Car envoyer 500 cartes de souhaits préimprimées, ou simplement signées à la main, relève du plus mauvais goût. «Ça fait “marketing de masse”, dit-il. Ça ne touche pas les gens, au contraire. Ils ont l’impression que le gestionnaire a fait signer leur carte par sa secrétaire. Si le temps manque, mieux vaut ne faire parvenir ses vœux qu’à ses meilleurs clients.»
Karine, chimiste dans une entreprise pharmaceutique, le confirme : «Quand je reçois une carte de Noël de mes amis, je suis touchée, car je sais que c’est sincère. Mais une carte d’entreprise avec un Merry Christmas/Joyeux Noël et la signature illisible d’un président que je ne connais même pas, bof et rebof!»
Autre impératif : laissez tomber les cartes home-made imprimées au bureau. «Une carte représente aussi l’image de sa compagnie, affirme Jean-Philippe Caron, de Noël à la carte. Un beau papier rigide et une œuvre bien reproduite passent mieux.»