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Vie au travail
Déménagements d’entreprise

Qui m’aime me suive

Quand une entreprise change d’adresse, les employés doivent suivre… ou démissionner. Perdus le chouette resto d’à côté, la grande fenêtre et le voisin de bureau sympa? Qu’à cela ne tienne! Le meilleur est peut-être à venir.

par Anick Perreault-Labelle


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 1 Janvier 2007


Faire des boîtes, déménager et réorganiser son modus vivendi n’est jamais jojo. Encore moins quand ce changement est imposé par notre patron. Les travailleurs doivent néanmoins s’y faire car les entreprises déménagent environ tous les 10 ans, estime Richard Noël, designer d’intérieur chez Moureaux Hauspy Design, une entreprise qui conçoit des projets d’aménagement de bureaux.

Un chiffre que confirme Marion Howard, directrice du magazine Espace Montréal. Au total, quelque 1 500 entreprises montréalaises changent d’adresse chaque année, évalue-t-elle. Même si, souvent, leurs employés aimeraient bien rester là où ils sont.

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C’était le cas de Michel Leblanc, technicien en avionique à Air Transat, qui a dû quitter l’aéroport de Mirabel pour celui de Pierre-Elliot-Trudeau, à Dorval, en 2004. Résident des Laurentides, il se tape désormais une trentaine de minutes de route supplémentaires, matin et soir. Sur le plan professionnel, il a d’abord eu l’impression qu’il y perdait au change. «Le hangar de Dorval est moins grand et nous laisse moins d’espace pour travailler ou entreposer notre matériel», explique-t-il. De plus, les avions n’ayant pas le droit de décoller la nuit depuis cet aéroport, un quart de travail de nuit a donc été ajouté afin que l’équipe de maintenance puisse inspecter les appareils durant cette période.

Même s’il a mis six mois à s’y faire, Michel Leblanc est aujourd’hui satisfait de son nouveau lieu de travail. «Des gens se sont portés volontaires pour le quart de travail de nuit, ce qui a rassuré tous les employés, qui ne voulaient pas se le faire imposer. Le site de Dorval est aussi plus intéressant : il y a plus d’avions, plus de monde dans l’aéroport et davantage de restaurants et de services.»

Pour le mieux?

Il est rare que les travailleurs perdent sur toute la ligne lorsqu’ils changent de lieu de travail, et ce, même s’ils jurent que c’était «mieux avant»! Car les entreprises déménagent généralement pour gagner de l’espace. «Les firmes s’installent dans des bureaux plus grands et plus modernes. Elles en profitent aussi pour renouveler leur parc informatique ou acquérir du mobilier plus fonctionnel», explique Anne Bourhis, directrice du Service de l'enseignement de la gestion des ressources humaines à HEC Montréal.

Pour faciliter la vie de leurs troupes, «certaines compagnies assurent un service de navette s’il n’y a pas de transport en commun à proximité ou prévoient une cafétéria sur place s’il n’y a pas de restaurants dans les alentours», ajoute-t-elle.

Pour assurer un transfert en douceur, il n’y a rien comme de consulter les travailleurs, ou du moins les garder informés. Cela atténue leur résistance au changement.

«Nous ajoutions des bureaux ici et là dans notre entrepôt, mais c’était moins efficace que de se réinstaller à neuf», dit Salvatore Guzzo, président de la compagnie de vêtements Gusti. En 2006, cette entreprise a quitté Montréal pour s’installer à Laval, dans un bâtiment mieux adapté. Mais tout n’est pas si rose : l’édifice est situé au bout d’un cul-de-sac, face à une autoroute, adossé à un quartier résidentiel, et aucun restaurant n’est accessible à pied.

«Le trajet est plus long en métro et en autobus, mais les automobilistes roulent maintenant dans le sens contraire du trafic, dit Roberto Guzzo, responsable des comptes payables. Et à peu près tout le monde apporte son lunch du midi, comme avant.» Si certains des 26 employés de Gusti ont trouvé la transition rude, aucun n’a démissionné.

De gros sous

Les déménagements d’entreprise se déroulent habituellement sans écueil parce qu’ils sont organisés par des consultants, des designers et des déménageurs spécialisés. Mais une transition mal préparée peut virer au cirque.

Clément Lalande, président du Groupe Omnigestion, une entreprise spécialisée dans la relocalisation d’entreprises, se rappelle par exemple ces camions de déménagement trop hauts pour entrer dans le garage où se trouvent les ascenseurs! Il y a aussi les boîtes mal identifiées qu’on doit ouvrir pour savoir à qui elles appartiennent… Ce genre de difficultés prolonge le travail des déménageurs et fait grimper une facture déjà salée.

En effet, déménager coûte environ 700 $ par employé, selon Richard Noël, ou 5 $ le pied carré, selon Louis Boulais, associé de recherche chez le consultant immobilier Colliers International. Sans compter que l’entreprise doit diviser et décorer son nouvel espace selon ses besoins, ce qui coûte de 30 $ à 40 $ de plus par pied carré, minimum, affirment les deux experts.

Votre avis SVP

Pour assurer un transfert en douceur, il n’y a rien comme de consulter les travailleurs, ou du moins les garder informés. Cela atténue leur résistance au changement, un réflexe naturel chez tout être humain. L’employeur qui ne le fait pas s’expose à voir sa main-d’œuvre inquiète, maussade et moins productive. «Quand les employés changent de lieu de travail, ils veulent savoir où ils vont aller, quand, où sera leur bureau et s’ils garderont les mêmes conditions de travail physique; par exemple, s’ils auront encore une fenêtre», dit Anne Bourhis.

Sur ce plan, Air Transat a fait les choses selon les règles. «Nous avons créé un site intranet montrant l’avancement des travaux, la route pour se rendre au nouvel édifice et l’emplacement des bureaux sur les étages», confirme Suzanne Viens, vice-présidente des ressources humaines de la compagnie. Air Transat a aussi permis à tout un chacun d’éviter les embouteillages en instaurant des horaires flexibles.


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