Trouvez un article

Rechercher

Vie au travail
Homosexualité et travail

Le bonheur d’être gai

Malgré un recul de l’homophobie, nombre de gais et de lesbiennes hésitent encore à afficher leur orientation sexuelle au travail. Mais s’il y avait des avantages à le faire?

par Geneviève Dubé


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 3 Mars 2007


Parfois, en effectuant son travail dans un magasin de vêtements, Maxime Longpré pose des gestes qui font rêver ses collègues hétérosexuels : «Lorsque les clientes essaient des vêtements, elles ne craignent pas mon aide. Je peux même replacer la bretelle de leur soutien-gorge pour la dissimuler!» C’est parce qu’il est visiblement homosexuel qu’il gagne si aisément la confiance des clientes.

Pascal Lépine tire lui aussi avantage de sa situation. Président de la Chambre de commerce gaie du Québec (CCGQ), il affirme qu’en affaires, être gai est le statut idéal. «Pour moi, c’est une bénédiction! Les femmes me font confiance, tandis que les hommes ne me considèrent pas comme de la véritable compétition», confie-t-il.

Dans les milieux de travail, il n’est pas rare d’entendre vanter les mérites des collègues homosexuels qui sont «tellement fins» ou qui «comprennent vraiment mieux les femmes» que leurs collègues hétéros. Même s’ils sont plutôt réducteurs au premier abord, ces préjugés positifs peuvent devenir l’arme secrète des principaux intéressés.

Pub.

«Dans les domaines artistiques comme la coiffure ou la mode, les présomptions sur la créativité, le bon goût et l’avant-garde des homosexuels constituent certainement un atout», explique Line Chamberland, sociologue et professeure associée à l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM et directrice du groupe de recherche Homosexualité et environnement de travail.

Jeux de perception

La gentillesse, la compréhension et la sensibilité qu’on leur attribue peuvent également favoriser les relations de travail. «Les employés qui entrent dans mon bureau sont plus enclins à se confier parce que je suis moins menaçant qu’un hétéro. Par exemple, les femmes sentent que je comprends mieux leurs problèmes et s’ouvrent davantage parce qu’elles savent qu’elles ne seront pas jugées», mentionne Donald Picotte, employé en gestion de personnel.

Tandis que les gais se font attribuer des qualités dites féminines, les lesbiennes, quant à elles, sont souvent perçues comme étant plus viriles, surtout lorsqu’elles exercent un métier traditionnellement masculin. «Des policières lesbiennes m’ont confié que leurs collègues masculins les considèrent comme plus fortes, plus aptes à faire leur travail que les policières hétéros. Plusieurs m’ont dit qu’elles étaient davantage vues comme one of the guys», dit Michèle Fournier, criminologue, qui a consacré sa thèse de doctorat au vécu de l’homosexualité dans la police et dans l’armée au Québec.

Aussi, le fait d’être perçue comme étant moins émotive que ses collègues féminines est un avantage pour Mélanie Fortier, agente administrative en gestion de personnel. «Les employés, autant les hommes que les femmes, ne se gênent pas pour faire des blagues amicales sur mon orientation sexuelle. Ils savent que je ne serai pas vexée. Je pense même que ces blagues ont favorisé mon intégration dans l’équipe.»

Tout comme les femmes ont souvent des amis gais, les hommes peuvent développer une belle complicité avec leurs collègues lesbiennes. «Les gars de l’équipe viennent me voir pour me parler de belles femmes… et de hockey!» raconte Hélène (nom fictif), recherchiste à la télévision. «Et je ne me fais pas continuellement cruiser par eux!»

Une lecture différente

Selon la plupart des personnes interviewées, les qualités observées chez les gais et lesbiennes au travail viendraient de la discrimination qu’ils ont subie au cours de leur vie et du cheminement personnel qu’ils doivent suivre pour atteindre leurs buts.

Leur volonté d’être acceptés par leurs collègues de travail est aussi généralement plus forte. «Les gestionnaires de grandes entreprises québécoises ont observé que les gais ont un désir de créer des liens, de faire partie d’une équipe. Leur implication rend les relations interpersonnelles plus agréables et toute l’équipe en bénéficie. Par exemple, ils aiment initier les dîners entre collègues et sont soucieux de faire plaisir», dit Pascal Lépine, de la CCGQ.

La sociologue Line Chamberland a aussi observé, chez les gais et lesbiennes, une facilité à saisir la personnalité des gens. «Ils sont constamment à l’écoute des réactions et attitudes de leurs collègues pour être en mesure de discerner le non-dit et ainsi se rapprocher des gens ouverts.» Une habileté sociale également constatée par Francis Lagacé, un chargé de cours en français et en littérature à l’Université de Montréal et à l’UQAM. «Nous portons une grande attention au comportement et au vocabulaire non verbal d’une personne pour arriver à déceler son degré d’ouverture. Nous pouvons ainsi éviter des collègues homophobes», explique-t-il.

Cette habitude à se conformer et à s’ajuster aux réactions de leurs collègues leur permet de développer une forte capacité d’adaptation aux changements. Et bien souvent, ils les provoquent! «Les patrons remarquent que les gais ont tendance à remettre les procédures en question et à affirmer leurs opinions. Ils aiment faire bouger les choses», dit Pascal Lépine.


guide de survie


Faites-vous des heures supplémentaires non payées?








Résultats



Québec

45,9 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

NOS AIGUILLEURS