L’arrivée des bâtiments verts a donné naissance à une nouvelle espèce : le bureau écolo. Abondamment fenêtré, bien ventilé et équipé de supports à vélos, il améliore la santé de la planète, la qualité de vie des employés et la productivité des entreprises!

Photo : UQAM, pavillon des sciences biologiques
Depuis qu’elle a emménagé dans le nouveau pavillon des Sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), inauguré en 2005, Marie-Josée Carbonneau a moins souvent mal à la tête. «La qualité de l’air est meilleure que dans nos anciens bureaux et, grâce aux fenêtres, je peux avoir des plantes. Avant, j’étais entre quatre murs de béton!» se rappelle la technicienne de laboratoire de 36 ans.
Comme un nombre croissant de nouvelles constructions, l’édifice où elle travaille obtiendra sous peu la certification LEED Canada-NC (Leadership in Energy and Environmental Design), ce qui confirme son parti pris environnemental.
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Pour obtenir cette certification, les moyens sont variés. L’UQAM, pour sa part, a envoyé les retailles des panneaux de plâtre utilisés lors de la construction dans une culture de champignons et non dans un site d’enfouissement. Le pavillon récupère aussi l’eau de pluie pour l’évacuer dans les toilettes, et ses peintures, colles et vernis sont exempts de composés organiques volatils (COV), molécules liées à la formation du smog. Dans le magasin de plein air montréalais Mountain Equipment Co-op (MEC), certifié C-2000, une norme très proche de LEED, le bois du plafond donne une seconde vie aux tablettes de l’ancienne distillerie Seagram. Au pavillon de la TOHU, la salle de spectacle est rafraîchie par de l’air qui circule dans quelque 10 000 kilos de glace cachés sous le plancher! L’astuce permet de consommer 90 % moins d’énergie qu’un système de climatisation classique.
La plupart des caractéristiques de ces bâtiments sont invisibles à l’œil nu. N’empêche, bosser dans un édifice vert peut changer la vie des travailleurs. Au jour le jour, ils profitent de l’abondance de clarté qui entre par les fenêtres, puits de lumière et atriums. Dans les bureaux montréalais de Valeurs mobilières Desjardins (VMD), rénovés en 2007, une grande partie du plafond est vitrée. «Les employés refusent qu’on ferme le store et veulent profiter de la lumière du jour, quitte à avoir un peu plus chaud», dit Donald Côté, directeur administratif de VMD.
Cela signifie aussi moins d’éclairage artificiel et de climatisation. En effet, «pour une quantité de luminosité donnée, la lumière naturelle dégage moins de chaleur que la lumière artificielle», explique Normand Roy, chargé de projet en bâtiment durable chez Équiterre. Sans compter que, bien souvent, on peut ouvrir les fenêtres d’un bâtiment durable, ce qui réduit davantage le recours à l’air climatisé.
Autre avantage pour les travailleurs : les bâtiments sont généralement proches des transports en commun et offrent des supports à bicyclettes et des douches. «Ça me donne envie de venir au travail en vélo!» confie Marjorie Ruel, superviseure à la sécurité au 740, avenue Bel-Air, un édifice écologique du gouvernement fédéral situé à Montréal.
L’air qu’on y respire est aussi plus sain. «Les systèmes de ventilation de ces bâtiments apportent un maximum d’air frais pour réduire la présence de bactéries, de poussières et de produits toxiques», affirme Normand Roy. À la Maison du développement durable – qui sera inaugurée à Montréal en 2008 et qui accueillera notamment les bureaux de Greenpeace, d’Option consommateurs et d’Équiterre –, «un mur végétal va filtrer l’air pour en capter différents polluants avant qu’il ne pénètre dans nos locaux», ajoute-t-il.
Au-delà des avantages physiques, «on éprouve une certaine fierté à travailler dans un bâtiment durable», ajoute Normand Roy. «Ça donne l’impression d’adopter un comportement écologique», renchérit Yves Mauffette, doyen de la Faculté des sciences de l’UQAM. Ça peut même changer un peu notre vie : depuis que son nouveau lieu de travail l’a initiée au recyclage, Marie-Josée Carbonneau trie ses déchets à la maison.
Tout ce verdissage a un prix. «Ces constructions coûtent jusqu’à 12 % plus cher qu’un bâtiment conventionnel, notamment si on achète des éoliennes ou de l’équipement pour traiter l’eau de pluie», soutient Joanne Parent, architecte chez Menkès, Shooner, Dagenais et Letourneux, la firme qui conçoit la Maison du développement durable. Mais il en coûte parfois beaucoup moins : verdir le 740 de l’avenue Bel-Air n’a ajouté que 4 % à une facture totale de 46 millions de dollars.
En retour, les entreprises y gagnent une facture d’électricité allégée et une main-d’œuvre plus efficace. Dans un bureau écolo, «les travailleurs sont jusqu’à 15 % plus productifs et 25 % moins souvent absents, affirme Claude Demers, professeure à l’École d’architecture de l’Université Laval et cofondatrice du Groupe de recherche en ambiances physiques. La lumière naturelle est plus reposante pour les yeux, tandis qu’un air sans COV ni poussières est plus sain. Tout cela diminue le stress physique et psychologique, ce qui augmente la productivité. Voir dehors joue aussi sur le bien-être en permettant de se situer dans l’espace et le temps, tout en accroissant le sentiment de sécurité : s’il y a un incendie, par exemple, on aura plus de chance d’être vu ou entendu.»