Au travail comme ailleurs, les troubles de santé mentale restent tabous. Ils sont pourtant bien présents, même s’ils sont moins visibles qu’un bras cassé! Et, surtout, ils coûtent très cher aux entreprises.

Nathalie est arrivée dans un cégep en plein conflit de travail quand elle y a été embauchée comme conseillère pédagogique en 2005. «L’employeur modifiait les horaires des employés sans les avertir et procédait à des congédiements injustifiés. J’étais très anxieuse : je me demandais ce qui allait m’arriver!» raconte cette femme dans la quarantaine.
Au bout d’un an, elle craque. Diagnostic : épuisement professionnel ou, dans le jargon médical, trouble d’adaptation au travail. Elle reprend le collier trois mois plus tard, au printemps 2006, après une psychothérapie et des séances d’acupuncture. «Le climat n’est pas meilleur aujourd’hui, mais je travaille seulement quatre jours par semaine au cégep, dont un à l’extérieur : cela m’aide à me sentir moins concernée», dit-elle.
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«De 15 à 20 % des travailleurs québécois sont atteints d’un trouble de santé mentale, mentionne Alain Marchand, professeur à l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal. L’épuisement professionnel et la détresse psychologique sont les deux plus courants.» Le stress mine lui aussi le bien-être psychologique des employés de bureau et des usines du Québec, même s’il n’est pas diagnostiqué comme un trouble de santé mentale. «De 50 à 60 % des employés disent en souffrir», affirme Lucie Côté, psychologue clinicienne et professeure au département de relations industrielles de l’Université du Québec en Outaouais.
Au final, tout cela coûte quatre milliards de dollars aux entreprises d’ici, calcule Alain Marchand. En effet, les dépressifs et les anxieux sont plus souvent absents et font davantage d’erreurs. «Ils font aussi du présentéisme : ils sont au travail, mais leur tête est ailleurs», ajoute-t-il.
On peut détecter ces maux de l’âme chez un collègue, et même l’aider à passer à travers. «Si on remarque qu’il n’est pas motivé ou fait des erreurs, on lui dit qu’on s’inquiète pour lui et on le dirige vers le programme d’aide aux employés ou un psychologue», dit Lucie Côté. Mettre de la pression ou le critiquer, à l’inverse, ne fera qu’empirer son état. Et coûter d’autant plus cher à l’entreprise…