Vie au travail
André Lachance, sur le travail en Nouvelle-France

Emplois du temps

Champlain, Champlain… Le nom du père de la Nouvelle-France est sur toutes les lèvres en ce 400e anniversaire de Québec. D’accord, le célèbre navigateur a le mérite d’avoir traversé 19 fois l’Atlantique dans des conditions atrocement casse-gueule et d’avoir fondé une colonie là où régnaient hiver et scorbut. Mais il ne faudrait pas oublier une chose : il n’était pas seul!

par Marie-Noëlle Guillemette • photo : Jean-François Dupuis


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 7
août 2008


Laboureurs, tonneliers, forgerons, charpentiers, huissiers, notaires, chirurgiens, cabaretiers, marchands, curés… Ils ont tous trimé dur pour nous rendre la vie plus facile aujourd’hui, et ce, sans convention collective ni congé payé.

L’historien André Lachance, spécialiste bien connu de la Nouvelle-France, a fait plus d’un voyage dans le temps pour se replonger dans le train-train quotidien des premiers colons. Auteur d’une douzaine d’ouvrages sur le mode de vie des gens ordinaires de 1655 à 1763, le professeur retraité de l’Université de Sherbrooke reprend temporairement du métier, histoire de rendre aux colons ce qui appartient aux colons!

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Q › Combien de colons faisaient partie de la «population active» en Nouvelle-France?
R ›
On disait à l’époque que tous les hommes en âge de porter les armes – 16 ans et plus – étaient aptes à travailler. Vers 1 660, on ne comptait que 2 500 personnes dans la colonie, dont 2 000 travailleurs. À la fin du régime français, en 1 763, la colonie a pris de l’expansion et regroupait 70 000 personnes, dont 31 500 travailleurs, à la ville comme à la campagne.

Q › Votre livre Vivre à la ville en Nouvelle-France1 aborde surtout le travail en milieu urbain. Ce n’est pas parce qu’on chômait à la campagne…
R ›
Loin de là! L’activité rurale était la principale occupation puisqu’il fallait défricher les terres pour habiter le territoire : 80 % de la population se trouvait à la campagne, 20 % à la ville. Le travail rural était très difficile, surtout avec les moyens de l’époque. Au XVIIIe siècle, les bœufs sont là pour tirer les charrues, mais au XVIIe, tout se fait à la main, sans animaux. On nettoie la terre avec une hache ou une scie, on arrache les souches à bout de bras.

Q › Et on ne faisait pas que labourer…
R ›
Non, les colons étaient de vrais Jack of all trades. Ils faisaient tout! Construire la maison, la grange, fabriquer les meubles, les vêtements, le pain, les rideaux, etc. Et il ne faut pas l’oublier, la majorité de ces gens-là a appris sur le tas. Ils n’avaient pas ou peu de connaissances sur le travail d’habitant avant d’arriver ici. Heureusement, l’entraide sociale était forte à l’époque. Les jours de corvée, tout le voisinage mettait la main à la pâte.

Q › Qui travaillait en ville?
R ›
La ville était un centre de services. On y retrouvait les gens de métiers : forgerons, serruriers, tonneliers, menuisiers, charpentiers, maçons, plombiers, tapissiers, et j’en passe. Les militaires aussi, puisqu’une partie des soldats restaient à la ville en garnison. Les nobles et les fonctionnaires du roi vivaient également à la ville, du bourreau au gouverneur, en passant par les juges, huissiers, notaires, pharmaciens, chirurgiens, etc. Sans oublier les marchands et les communautés religieuses, les aubergistes et les cabaretiers… Bref, tout ce qui brille et tout ce qui compte y habite.

Q › Les métiers nobles étaient-ils les mêmes qu’aujourd’hui?
R ›
Non, puisque le métier le mieux considéré était celui de militaire! Normal, nous étions continuellement en guerre. La Nouvelle-France n’a connu que 30 ans de paix… Le reste du temps, elle était attaquée soit par les Amérindiens, soit par les colonies britanniques; les militaires récoltaient donc les honneurs. Même chose pour les fonctionnaires du roi. Comme ils avaient des liens directs avec la France, ils pouvaient obtenir grâces et gratifications pour les colons auprès des instances royales.

Q › Avocats et médecins avaient-ils la cote?
R ›
Même si des avocats vivaient dans la colonie, aucun ne pouvait exercer. Le roi avait défendu la pratique du droit puisqu’à ses yeux, les avocats allongeaient les procès et entraînaient de la chicane! Quelques praticiens conseillaient les habitants à propos de leurs droits, mais ne pouvaient les défendre.

Quant aux médecins, il n’y en avait presque pas. Peut-être un ou deux médecins du roi. On avait surtout des chirurgiens-barbiers, qui faisaient la barbe, mais arrachaient aussi des dents, faisaient des saignées, des lavements et d’autres petites interventions. Chose certaine, on n’allait pas à l’hôpital pour un mal de tête! D’ailleurs, comme on disait à l’époque, les hôpitaux étaient la porte d’entrée de la mort…

1 Vivre à la ville en Nouvelle-France, Outremont, Libre expression, 2004, 306 p.


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Résultats



Québec

38,5 %


Situation de l'emploi :
Défavorable

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