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Cette «heure» en dure parfois deux, parfois seulement une demie. C'est selon son appétit... ou le temps que l'on a. L'heure du lunch, à l'instar du monde du travail, subit des transformations importantes. De plus en plus, on mange à son clavier plutôt qu'à table.

Dîner? Vous voulez rire! Le lunch, c'est pour les moumounes!»
Cette affirmation méprisante, lancée par le brutal requin de la finance qu'incarnait Michael Douglas dans le film Wall Street, en disait long sur les très ambitieuses années 80. Le temps c'est de l'argent, et celui-ci est trop précieux pour le gaspiller en mangeant...
L'époque a changé, mais le temps, lui, nous semble plus compté que jamais.
Ainsi, 45 % des Canadiens se priveraient de lunch au moins une fois par semaine, selon un sondage de l'Association canadienne des restaurateurs et des services alimentaires, publié en mai 2000. D'autres, pour gagner du temps, ne quittent plus le clavier. Un Canadien sur cinq dévorerait son lunch à son bureau plutôt qu'à l'extérieur ou à la cafétéria, selon un autre sondage réalisé en 1997 par le magazine canadien-anglais Chatelaine et la Food and Consumer Products Manufacturers of Canada.
Parmi ces luncheurs de bureau, il y a Céline Montminy. La plupart du temps, cette assistante-comptable à l'emploi d'une entreprise de communication passe sa pause du dîner devant son ordinateur. Soit à surfer dans Internet, pour son plaisir - notamment à lire des recettes dans l'un de ses sites de prédilection! Soit à continuer à travailler, quand elle est débordée, qu'une tâche intéressante l'absorbe, ou qu'elle s'est fixé comme objectif de terminer un travail précis avant le lunch.
Elle prend rarement son heure complète pour manger. «J'aime travailler en dînant, confesse Céline. Sinon, j'ai parfois l'impression de perdre mon temps. Et quand je travaille le midi, ça me permet de quitter le bureau à 17h sans me culpabiliser. Sinon, j'ai tendance à partir plus tard.»
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Cette tendance à ne pas mettre le pied hors du bureau pour dîner n'est sans doute pas étrangère au boom que connaît l'entreprise de Pierre Poirier. Ce traiteur a eu la bonne idée de se lancer dans la livraison de lunch.
Trois midis par semaine, il livre ainsi ses plats cuisinés à près d'une centaine d'affamés. «Je pense que c'est un service de plus en plus populaire», constate le propriétaire - et unique employé permanent - de La Carte du monde, qui dessert le secteur du centre-ville de Montréal depuis deux ans et demi. «Tous les jours, j'ai des appels de compagnies ou de particuliers, mais je ne peux plus répondre à la demande.»
Plusieurs fois par semaine, Stéphane Baillargeon utilise ainsi son heure de repas pour s'entraîner au centre sportif. «Je me sens beaucoup mieux après, ça me donne un coup d'adrénaline, explique le journaliste du quotidien Le Devoir. Ça rentabilise l'heure du lunch. Autrefois, j'allais m'entraîner avant d'aller travailler, et ça me faisait perdre du temps le matin.» En revenant du gymnase, le reporter ramasse un petit casse-croûte - muffin, sandwich ou yogourt - qu'il avale sur le coin du bureau, ou pire, sur le chemin du retour.
Pour David Platts, l'heure du lunch, c'est au contraire «un moment privilégié», une pause précieuse qu'il tente de rendre profitable sur le plan personnel, amical ou professionnel. «C'est une occasion pour moi de faire du réseautage», raconte ce jeune associé d'un bureau d'avocats du centre-ville. Il en profite donc pour entretenir, lors de dîners au restaurant, ses contacts amicaux, et éventuellement d'affaires, avec des professionnels ouvrant dans d'autres domaines.
L'heure du midi le trouve aussi parfois devant l'écran cathodique, grignotant un sandwich tout en lisant ses messages électroniques ou en parlant à ses amis au téléphone. Et bien sûr, dans les périodes de coup de feu, il arrive régulièrement à l'avocat d'être contraint de manger tout en continuant à travailler. «Mais je suis incapable de sauter le repas de midi, soutient-il. Par contre, beaucoup de mes collègues disent qu'ils ne prennent jamais le temps de luncher, sinon devant leur bureau ou avec un client, parce qu'ils trouvent que c'est une perte de temps.»